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Variole

virus de la variole


Un fait-divers :

Début janvier 1955 la variole met la Bretagne en état d'alerte.

Le 8 décembre 1954 à Vannes, le bébé Danie D. atteint de " varicelle " est transporté à l'hôpital parce que son état s'aggrave. Les médecins sont perplexes. Serait-ce une variole (devenue si rare que beaucoup n'en ont jamais vue) ? Un prélèvement de pustule du petit malade est envoyé à l'Institut Pasteur qui décèle (au microscope électronique) le virus variolique.

Les mesures nécessaires sont aussitôt prises d'autant plus que deux nouveaux cas sont signalés. Quatre pavillons de l'hospice sont libérés pour les varioleux, le personnel consigné, ravitaillé sur place. Le Préfet rend la vaccination obligatoire pour tout l'arrondissement de Vannes.

Le petit Daniel rentré chez lui, guéri, le 29 décembre, est peu marqué par les cicatrices. Mais deux enfants (7 et 18 mois) contaminés, en mauvais état de santé, meurent, ainsi qu'un vieillard de 80 ans.

L'enquête établit " l'itinéraire " du virus. Le père du petit Daniel, sous-officier rapatrié d'lndochine, a rapporté le germe sur ses vêtements ou bagages. Son bébé atteint a contaminé d'autres personnes à l'hôpital, avant son isolement. Le bilan se soldait fin février à une soixantaine de cas (Morbihan, Vosges) dont 16 décès (soit 25 % de mortalité). 25 millions de personnes vaccinées en deux mois, la plupart de leur propre initiative, prouvaient que la variole pourrait redevenir " un mal qui répand la terreur ".

1. le virus

(photo Institut Pasteur. taille particule : 250 µm)

Gros Virus à ADN bicaténaire linéaire (150 Mg.mol-1 codant pour 250 protéines ou peptides) ayant une forme rectangulaire. (300 * 225 nm soit 0,3 µm * 0,225 µm)

La nucléocapside est entourée de deux corps latéraux. La nucléocapside renferme de nombreuses enzymes nécessaires à la transcription virale, en particulier une RNA polymérase DNA dépendante.

L'enveloppe virale fait exception à la règle de la labilité aux solvants organiques car elle est riche en protéines.

Le virus de la variole (maladie actuellement disparue grâce à la vaccination) appartient aux poxviridae.

Il existe d'autres poxvirus pathogènes pour l'homme responsables de maladies bénignes.

2. le cycle de multiplication et propriétés antigéniques

La multiplication est entièrement cytoplasmique.

Les antigènes sont :

  • Ag LS protéique spécifique de genre
  • Ag NP nucléoprotéique
  • Ag HA (hématies de poule)

3. la maladie et son épidémiologie

la maladie

Le réservoir du virus est uniquement constitué d'hommes.

Le virus, émis par les malades dans les postillons, pénètre par voie respiratoire, se multiplie dans le pharynx, puis atteindra par virémie la peau. La contamination est strictement interhumaine

La fièvre est d'installation brutale à 40°C accompagnée de céphalées et de douleurs diffuses (état grippal). Une éruption débutant au front se déclare gagnant tout le visage, la bouche et le nez, le tronc et les membres supérieurs. Cette éruption se présente d'abord sous forme d'une papule qui se transforme en vésicule, puis en pustule et enfin en croûte, laissant des cicatrices indélébiles.

La mortalité est forte (30 % environ).

diagnostic

Le diagnostic direct est réalisé quand les symptômes font penser à un virus de la variole et consiste à la mise en évidence des virus en microscopie électronique ou par IF directe sur les cellules présentes dans le produit pathologique.

Le titrage des Ac n'a aucun intérêt pour le diagnostic ne se positivant que tardivement.

prophylaxie

Depuis au mmoins deux mille ans, les Chinois pratiquaient la variolisation, inoculation volontaire du contenu de pustules de malades à des personnes saines. Cette pratique apparait en Europe en 1715. La véritable vaccination se fait, depuis l'invention de JENNER à la fin du XVII° siècle (1796), par le cow-pox (virus de la vaccine) préparé sur bovin, car ces deux virus ont une structure voisine et des épitopes voisins. Elle peut être curative.

outils utilisés pour l'inoculation (de l'homme à gauche) et pour le recueil du virus vaccinal chez la génisse ( à droite) pis de vache montrant des pustules de cow-pox

(images et photos ci-dessous de "Anatomie physiologie hygiène (Oria et Raffin chez Hatier) programme de 3°, 1963!!!)

génisse dont la peau a été rasée puis inoculée avec le cow-pox recueil des pustules

(images et photos ci-dessous de "Anatomie physiologie hygiène (Oria et Raffin chez Hatier) programme de 3°, 1963!!!)

 

Parfois, le virus de la vaccine déclenche quelques troubles et même des encéphalites mortelles. (1 cas sur 100 000 à 300 000 avec une mortalité de 25 %).

Ce'est pourquoi a été développé aux USA, en raison du risque d'utilisation terroriste ou guerrière d'un virus virulent de la variole, un nouveau vaccin par culture sur cellules VÉRO d'un variant du virus de la vaccine. Les essais cliniques de phase III sont en cours en 2003 et risquent d'être réalisés de façon massive chez les militaires partant en Irak.

On considère aujourd'hui que la variole a disparu de la Terre. Le virus reste toutefois conservé dans quelques centres de recherche civils repertoriés (Atlanta aux USA et Koltsovo en Russie) et probablement dans quelques centres militaires. Un cas de variole a d'ailleurs été déclaré à la suite d'une contamination dans un centre civil anglais.
Il semble clair que le virus de la variole est un des moyens microbiologiques probablement les plus faciles à mettre en oeuvre en particulier pour des attaques terroristes. Cela conduit certains pays, à la suite du 11 septembre 2001, à revacciner massivement malgré le risque d'encéphalite mortelle. Le virus vaccinal serait de plus dangereux pour les immunodéprimés et peut être transmis par le personnel soignant vacciné (voir Le Monde du 25 décembre 2002)
On peut craindre un virus de la variole du singe qui pourrait infecter l'homme et s'adapter à son nouvel hôte.


Compléments :

Variole et autres orthopoxviroses


Le BEH n°24/1997 expose une étude intéressante sur des cas de transmission de poxvirus simien, proche de la variole, à l’homme. On peut se poser la question d’un retour à la vaccination par le virus de la vaccine pour assurer la protection contre des zoonoses proches de la variole.L'orthopoxvirus simien, reconnu pour la première fois en 1958 comme agent pathogène du singe cynomolgus, a été impliqué dans des affections humaines en 1970-1971 au Zaïre et en Afrique de l'Ouest. Le nombre de cas humains d'orthopoxvirose simienne impliqués dans l'épidémie décrite dans cet article est supérieur au total de 37 cas sporadiques observés dans la sous-région de Sankuru (région du Kasaï oriental), à l'occasion d'activités intensives de surveillance menées de 1981 à 1986 [2]. La flambée est passée inaperçue jusqu'à la fin juillet 1996, époque à laquelle l'augmentation brutale du nombre de cas a conduit les responsables zaïrois de la Santé publique à procéder à une première enquête. Entre février et juillet, c'est un habitant d'un seul village qui est vraisemblablement le cas primaire à l'origine d'une cascade d'infections par transmission interhumaine, à commencer par 8 membres de sa propre famille. Au cours de cette période, on a également identifié des cas d'orthopoxvirose simienne chez des gens qui n'avaient eu, selon eux, aucun contact avec d'autres cas, ce qui a suscité l'hypothèse d'un autre mode d'introduction de la maladie dans la population humaine, à savoir des contacts avec des animaux sauvages.

Au cours d'une étude antérieure, le taux d'attaque secondaire observé dans les familles suggérait que la maladie avait un faible potentiel de transmission interhumaine et que l'infection ne pouvait donc pas se maintenir au sein d'une population. La présente flambée, avec des cas évolutifs encore présents en février 1997, se distingue des épisodes d'orthopoxvirose simienne rapportés antérieurement. Premièrement, il s'agit du groupe de cas le plus important jamais signalé. Deuxièmement, la proportion de cas âgés de 15 ans ou plus (27,2 %) est supérieure à ce qui a été observé précédemment (7,5 %). Troisièmement, la proportion de cas secondaires (73,0 %) dépasse les chiffres antérieurs (29,6 %). Quatrièmement, le regroupement des cas par "  quartiers " d'habitation et une chaîne de transmission d'une longueur encore jamais observée suggèrent que la majorité des cas enregistrés au cours de cette flambée sont dus à une transmission de personne à personne. Enfin, la létalité (3,3 %) a été plus faible que par le passé (9,8 %). L'interruption des campagnes de vaccination par le virus de la vaccine (qui protège contre l'orthopoxvirose simienne) [2] vers la fin des années 70 a entraîné une augmentation du nombre des sujets sensibles à l'orthopoxvirose simienne et pourrait expliquer l'ampleur de la flambée ainsi que la proportion plus élevée de cas âgés de 15 ans ou plus.

Des mesures sont prises au niveau local pour arrêter la transmission: il s'agit notamment de dispenser une éducation appropriée aux soignants ou de diffuser des messages sanitaires invitant la population à limiter ses contacts avec des animaux sauvages. Les contacts avec les cas suspects au sein d'une famille doivent être limités à une seule personne (de préférence la plus âgée ayant guéri d'une orthopoxvirose simienne ou porteuse d'une cicatrice de vaccination par le virus de la vaccine). Les études de cohorte concernant des personnes ayant eu des contacts familiaux ou d'autres rapports étroits avec des cas ont été interrompues en cours d'investigation par suite des troubles qui secouent le Zaïre. Ces études sont nécessaires pour pouvoir évaluer le potentiel de transmission interhumaine nouvellement observé et déterminer dans quelle mesure l'infection peut se maintenir au sein d'une population humaine sans qu'apparaissent de nouveaux cas dus à des contacts avec des animaux sauvages. Des études analytiques devraient également fournir des données sur l'histoire naturelle de l'orthopoxvirose simienne chez l'homme et l'animal, à la lumière de l'évolution démographique et des rapports que l'homme entretient de plus en plus avec la faune et la flore de la forêt ombrophile. Les résultats de ces études permettront de voir s'il est nécessaire de prendre des mesures supplémentaires pour réduire le risque, comme d'envisager la reprise de la vaccination par le virus de la vaccine dans certaines circonstances.


Un cas de variole en France imposerait de vacciner un million de personnes

Le Monde du 18 octobre 2001)
LES ACTUELLES menaces bioterroristes ont conduit le gouvernement à définir, dans le cadre du plan Biotox, une stratégie de lutte contre l'usage criminel qui pourrait être fait du virus de la variole, maladie virale hautement contagieuse souvent mortelle, contre laquelle on ne dispose pas de traitement. Si la reprise de la vaccination systématique - abandonnée depuis 1984 en France - n'est pas actuellement envisagée, un dispositif spécifique a d'ores et déjà été retenu sur la base des recommandations d'un groupe d'experts dont Le Monde a pu prendre connaissance.
Ce document retient plusieurs types de scénarios dans le contexte d'une menace bioterroriste et en l'absence d'alerte donnée avant I'apparition des premiers symptômes. Ces derniers (fièvre accompagnée d'une éruption cutanée vésiculo-pustuleuse d'évolution centrifuge) surviennent généralement quatorze jours après la contamination virale. Le premier scénario porte sur l'apparition d'un cas isolé et confirmé par des analyses biologiques. Les experts recommandent dans ce cas une stratégie de vaccination " assez large ". Elle devrait concerner toutes les personnes ayant pu être en contact avec le sujet contagieux : les membres de la famille et des proches ainsi que " les personnes identifiables qui étaient à moins de 2 mètres du malade dans les 72 heures précédant l'apparition de symptômes fièvre éruption. "
La vaccination devrait aussi dans ce cas concerner l'ensemble des personnels de santé du pays, et notamment les équipes des SAMU, les pédiatres libéraux, les médecins généralistes, les membres des services d'accueil des urgences, les techniciens de laboratoire et les pompiers, ce qui correspond à environ 1 million de personnes, selon les experts. Ces derniers estiment que " I'identification de ce premier cas serait certainement génératrice d'une forte anxiété " mais ne devrait pas imposer le recours à une vaccination générale, compte tenu des risques non négligeables liés à la vaccination, qui seraient, pense-t-on, supérieurs au nombre de cas secondaires de variole attendus
Selon les experts, la vaccination de 60 millions de personnes entraînerait en effet 350 décès et causerait plusieurs centaines de séquelles graves. D'un point de vue théorique, il faudrait selon eux que plusieurs milliers de cas de variole soient jugés comme probables dans la population générale pour décider une vaccination systématique et obligatoire. Si plusieurs cas de variole devaient être identifiés en différents endroits du territoire, une stratégie élargie de vaccination devrait être mise en œuvre.
Jean-Yves Nau


Voir La RECHERCHE n°362 (mars 2003) « le spectre de la variole »