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HIV et sida

SIDA et HIV : un exemple de RÉTROVIRUS


Le SIDA est la plus importante épidémie mondiale depuis la peste noire du Moyen-Âge. Elle dépasse en gravité la pourtant fameuse grippe dite espagnole de 1918. On peut estimer que le nombre de décès directement lié au SIDA dépassera celui de la 2ème guerre mondiale pourtant bien massacrante. Mais c'est le Tiers-Monde qui payera le prix le plus fort.

Quelques statistiques

  • estimation des personnes infectées : 22 millions (dont 1 million d'enfants) à 30 millions en 1997
  • en 1995 : le sida a tué 1,5 millions de malades dont 350 000 enfants. En 1998 on considère que le nombre de morts est de 2 millions. Le taux d'infectés dans des pays comme le BOTSWANA, NAMIBIE, ZIMBABWE est, pour les adultes, de 25 %.
  • KENYA : dans certaines villes taux de séropositivité des femmes enceintes : 40 %. En 1998, Onusida considère que 34 millions de personnes ont contracté le sida en Afrique subsaharienne avec déjà 11 millions de morts dont 3 d'enfants).
  • 7 personnes sur 10 ayant contracté le sida vivent ou vivaient en AFRIQUE. 83 % des décès y sont enregistrés alors que 10 % seulement de la population mondiale y vit. Le nombre d'orphelins est considérable.
  • INDE : 50 % des prostituées, 33 % des malades atteints par une MST, 10 % des routiers
  • NOUVELLE GUINÉE : 4000 séropositifs sur 4 millions d'habitants (le virus y est arrivé récemment)
  • On estime en 1997 que 1600 enfants ont été contaminés par JOUR par leur mère soit 600 000 dans l'année dont 90 % en AFRIQUE. On estime à 3 000 000 le nombre d'enfants ainsi contaminés.
  • statistiques FRANCE 2000 : (Le Monde 21/11/2000; 3/4 juin 2001)
    Le 30 juin 2000, environ 22000 personnes vivent avec le SIDA et 38 000 en sont décédées.
    807 nouveaux cas au premier semestre 2000 et 284 décès.
    Répartition des cas : :
    2000 : 43% Hétérosexuels, 29% homo et bisexuels, 14% usagers drogues injectables
    1998 : 37% Hétérosexuels, 30% homo et bisexuels, 19% usagers drogues injectables

    Plus de la moitié des cas de séropositivité sont découverts au début de la maladie sida sans que les personnes connaissent leur statut sérologique (la maladie a conduit au test)
    En contradiction : Le Monde du 15 sept 2005 :
    150 000 séropositifs au HIV dont 30000 coinfectés par HCV, 10000 coinfectés par HBV

    4 décembre 2010
    Mode de contamination : rapports hétérosexuels 61%, homosexuels 38%, usage de drogues intraveineuses 1%
    6600 nouveaux cas en 2009
  • CHINE : Le gouvernement chinois avouait 22 517 cas en 2000. L'année suivante 600 000 ! Onusida table sur 20 millions de malades en 2010. Trois origines et géographies pour l'épidémie : aux frontières méridionales l'usage massif de drogues intraveneuses, au niveau des côtes orientales les rapports sexuels non protégés, dans les provinces centrales le ramassage illicite de sang (Le Monde 11 avril 2002).
  • statistiques au 29 novembre 2000.

 

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      •  
        • Amérique du Nord : 1 million
        • Amérique latine : 1,6 million
        • Europe occidentale : 0,6 million
        • Europe orientale et Asie centrale : 1,3 million
        • Asie de l'Est et pacifique : 1 million
        • Asie du Sud et du Sud-Est : 6,5 millions
        • Australie et Nouvelle zélande : 0,032 million
        • Afrique du Nord et Proche Orient : 0,5 million
        • Afrique subsaharienne : 25 millions
      • 38 millions de séropositifs, 5 millions de nouveaux cas et 3 millions de morts.
      • Adultes et enfants vivant avec le sida fin 2003 :
    • statistiques 2003 : (Onusida 2004 dans Le Monde 7 juillet 2004)
    • statistiques 2004 : (Onusida 2004 dans Le Monde 7 juillet 2004)
      •  
        • Amérique du Nord : 0,5 à 1,6 million
        • Amérique latine : 1,3 à 2,2 millions
        • Europe occidentale : 0,5 à 0,8 million
        • Europe orientale et Asie centrale : 1 à 2 millions
        • Asie de l'Est et pacifique : 0,5 à 2 millions
        • Asie du Sud et du Sud-Est : 4,4 à 10,6 millions
        • Australie et Nouvelle zélande : 0,025 à 0,048 million
        • Afrique du Nord et Proche Orient : 0,23 à 1,5 million
        • Afrique subsaharienne : 23,4 à 28,4 millions
      • 39,4 millions de séropositifs, 4,9 millions de nouveaux cas et 3,1 millions de morts.
      • Adultes et enfants vivant avec le sida fin 2004 :
  •  
    • statistiques 2005 : (Onusida 2005 ? dans Le Monde 2 juin 2006)
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        • Amérique du Nord : 1,2 million, 43000 nouveaux cas, 70 % traités
        • Amérique latine et Caraïbes : 2,1 millions, 177 000 nouveaux cas, 68 % traités
        • Europe occidentale et centrale : 0,7 million, 22 000 nouveaux cas, 90 % traités
        • Europe orientale et Asie centrale : 1,6 million, 220 000 nouveaux cas, 13 % traités
        • Asie de l'Est, Sud, Sud-Est et Océanie : 1,125 million, 934 200 nouveaux cas, ? % traités
        • Afrique du Nord et Moyen Orient : 0,5 million, 64 000 nouveaux cas, 5 % traités
        • Afrique subsaharienne : 25,8 millions, 2,7 millions de nouveaux cas, ? % traités
      • 40,3 millions de séropositifs, 4,9 millions de nouveaux cas et 3,1 millions de morts.
      • Adultes et enfants vivant avec le sida fin 2004 :


1. La maladie

C'est le 5 juin 1981, aux États Unis, que furent mis en évidence (publiés), au CDC d'Atlanta, les premiers cas de cette maladie nouvelle et mortelle. Le premier portrait robot que l'on trace du malade est celui d'hommes blancs, jeunes et homosexuels mourant :

  • d'infections opportunistes peu fréquentes comme la pneumonie à Pneumocystis carinii remarquée par l'augmentation de la consommation de médicaments spécifiques.
  • d'une forme de cancer rare, le sarcome de Kaposi atteignant la peau, les vaisseaux sanguins et certains organes internes. (cancer lié à l'Human Herpes virus 8). La surveillance épidémiologique de ce cancer, touchant habituellement des membres agés d'ethnies particulières, a montré que depuis le début de 1979, 26 hommes jeunes (20 à New-York et 6 à San-Francisco) sont atteints. (Le Monde du 3/4 juin 2001)

Rapidement on montre que la maladie attaque aussi :

  • les toxicomanes utilisant des drogues par voie intraveineuse
  • les sujets transfusés et les hémophiles qui reçoivent des produits sanguins (1° cas signalé en janvier 1982 par l'agence épidémiologique des États-Unis)

On constate que la maladie s'attaque aux hommes bisexuels, à certains groupes ethniques particuliers (jamaïquains), ainsi qu'aux femmes et aux enfants qu'elles portent.

Tous les malades présentent une immunodéficience avec notamment une quasi disparition de cellules à rôle central dans l'immunité les lymphocytes T CD4 (et de quelques autres cellules ayant le récepteur CD4). L'absence de ces lymphocytes provoque un effondrement complet des défenses immunitaires. Incapables de lutter, le sujet malade succombe à une infection opportuniste causée par :

  • des bactéries (Mycobacterium tuberculosis, Mycobactéries atypiques, Salmonella non Typhi)
  • des protozoaires (Pneumocystis, Toxoplasme, Cryptosporidies, Isospora, Leishmania....)
  • des helminthes (Strongyloides stercolaris...)
  • des champignons (Cryptococcus, Aspergillus, Candida, Histoplasma ....)
  • par des virus (Herpès simplex, Epstein-Barr, Cytomégalovirus (CMV), Papovavirus...)

La maladie est alors appelée SIDA (= Syndrome d'immunodéficience acquise (donc non héréditaire)) ou en anglais AIDS.

L'immunodéficience n'est pas la seule manifestation de la présence du virus. En effet il est établi que le virus HIV (human immunodeficiency virus) est associé à certaines maladies du système nerveux central se manifestant par des lésions responsables de dépression, démence...

Une autre manifestation est le sarcome de Kaposi qui détermine des lésions cutanées de couleur brun-violet infiltrées dans le derme. Ce cancer pourrait être du à un Herpès virus 8 qui serait "aidé" par le HIV, peut être à cause de l'immunodépression.

Enfin, des études rétrospectives, basées sur la recherche de RNA viral dans des sérums conservés par congélation, montrent que le HIV était présent en 1959 en Afrique (Kinshasa) chez un patient prélevé, a priori non malade du SIDA... On estime les premiers cas apparus entre 1920 et 1940. Quelques cas sporadiques sont documentés : un marin norvégien contamine sa femme et sa fille en 1966, un adolescent noir meurt du sida en 1968 aux USA. Par contre, l'épidémie africaine semble contemporaine de l'épidémie américaine : il est probable que la transmission soit liée au "réseau homosexuel transcontinental". Elle a pu être propagée rapidement dans ce continent par les transfusions sanguines et les vaccinations réalisées avec des matériels contaminés (réutilisation des aiguilles). (voir le Monde du 5 février 2000)

Remarque : notion d'individu séropositif = c'est un individu porteur d'anticorps anti HIV. Il peut être malade mais peut aussi être "porteur asymptomatique" ou en "Pré-SIDA" c'est à dire posséder le virus sans que les troubles caractéristiques de la maladie soient encore apparus.


2. le virus

Le HIV a été isolé par Luc MONTAGNIER, Jean Claude CHERMANN, F. BARRÉ-SINOUSSI en janvier (août ?) 1983.

Il se présente sous forme de particules sphériques d'un diamètre de 80 à 100 nm, enveloppées enfermant un noyau central contenant la nucléocapside. On peut voir les particules bourgeonnantes sur les photographies suivantes :

   

 

extrait de Laborama revue de Diagnostics Pasteur(septembre 1985) 

 

1A : bourgeonnement du virus à la surface d'un lymphocyte T4 

 

1B : une particule virale en cours de maturation 

Il contient deux molécules de RNA identiques de 9,2 kbases.

L'étude des protéines fabriquées par le virus a été conduite notamment par des techniques électrophorétiques :

extrait de Laborama revue de Diagnostics Pasteur 

(septembre 1985) 

 

Le virus LAV (= HIV = VIH) est analysé par électrophorèse sur gel de polyacrylamide à 12 %, après avoir été concentré et purifié. 

Ligne a : le virus a été marqué par un mélange d'aminoacides marqués au 14C. Toutes les protéines sont marquées. 

Ligne b : le virus a été marqué par de la glucosamine marqués au 14C. Ce sont donc les glycoprotéines (gp) qui sont ainsi séparées. 

Ligne m : marqueurs de masse molaire connue exprimée en kg/mol ou kDa. 

 

L'ensemble des résultats permet d'établir le modèle suivant de virus.

 

Le génome du RNA viral, de 9600 nucléotides, est constitué d'au moins 3 régions appelées gag , pol et env qui codent respectivement pour

  • gag : les Ag de la nucléocapside (trois protéines p25, p18, P13, dérivés du gène gag par un précurseur commun),
  • pol : pour la transcriptase inverse (DNA polymérase RNA dépendante) et pour la protéase et l'intégrase
  • env : les protéines de surface du virion (glycoprotéine gp120 dérivé du gène env et provenant d'un précurseur plus important et gp 41. La gp 41 est transmembranaire et la gp120 est fixée chimiquement à elle. Bien que sa fonction de reconnaissance du CD4 soit essentielle pour l'infection virale, la gp120 possède cinq zones hypervariables, c'est à dire dont les séquences en acides aminés sont très différentes d'un clone de virus à un autre clone ).

Les autres gènes sont :

  • tat : activateur puissant de la transcription, le produit de latranscription étant lui même en cause dans l'activation d'un certain nombre de virus le plus souvent carcinogènes (Kaposi, papillomavirus des cancers cervicaux ou anorectaux)
  • ltr : région du promoteur,
  • nef : responsable de l'internalisation du CD4, provoquant la perte de la fonction immunitaire du lymphocyte. Les virus ne produisant pas nef sont observés chez les " non progresseurs ", individus infectés mais n'atteignant pas le stade SIDA.

Bilan des rapports entre le génôme et les protéines

Il existe deux variants de HIV majeurs (et de nombreuses souches) :
HIV 1 et HIV2 (ce dernier semble moins pathogène et moins transmissible que HIV1)

La recherche de virusdu même type chez les singes a permis en 1985 la découverte des SIV pouvant provoquer des syndromes annalogues. Le HIV2 n'est pas distinguable de certains SIV. Le HIV1 est lui aussi très proche d'aurtes SIV. L'origine du HIV est clairement à trouver dans ces virus de singe. (pour une revue très documentée : revue de la Société française de Microbiologie, vol 18, n°4 décembre 2003)

Trois groupes de lentivirus (HIV, SIV) peuvent être distingués : le groupe III, incluant HIV2, possédant le gène vpx, le groupe II incluant HIV1 avec le gène vpu et le groupe I sans vpx et vpu.


3. le cycle de multiplication

3.1. Étape : fixation sur la cellule cible (adsorption) - pénétration - décapsidation

Le HIV se fixe spécifiquement sur un récepteur membranaire le CD4 (récepteur des Ag du CMH II) par une glycoprotéine dite gp 120. Il lui faut l'aide d'un 2° récepteur, le CCR5 pour la suite des évènements. 

Pénétration classique par fusion de membrane grâce à la gp41 qui possède une activité de fusion de membrane. 

Décapsidation et libération de complexe RNA viral simple brin - Transcriptase réverse-Endonucléase 

3.2. Étape : synthèse de DNA

La Transcriptase réverse permet la synthèse d'une molécule de DNA viral bicaténaire circulaire qui migre vers le noyau. 

L'enzyme utilise les deux RNA de façon à créer les deux séquences symétriquement identiques permettant l'intégration. Ce processus complexe pourra être analysé à l'aide du document suivant : www.unice.fr/biochimie/enseigne/ maitrise/Virologie2.pdf

Les deux séquences identiques situées sur deux brins différents permettent la circularisation.

Ce DNA s'intègre dans le DNA cellulaire en un site bien précis, uniquement semble-t-il si la cellule entre en multiplication. Le DNA viral persisterait sans intégration durant quelques jours ? 

3.3. Étape :

Deux possibilités : 

  • le DNA viral ne s'exprime pas : État latent
  • expression du DNA viral sous l'action de facteurs inconnus: 
    • transcription en RNA messagers puis traduction en protéines virales 
    • transcription en RNA génome 
    • assemblage des particules virales 
    • libération par bourgeonnement au niveau de la membrane plasmique du lymphocyte et libération 

Le reproduction du génome se fait donc DNA intégré contrairement au HBV (hépatite virale B).

 

3.4. Évolution du virus et d'autres paramètres chez les malades :

Chez le malade on peut observer les évolutions suivantes de différents paramètres, la date 0 fixant le contage (le rapport infectant) :

On peut constater dans un premier temps une très forte multiplication virale accompagnée d'une chute des LT CD4. Puis assez rapidement, l'infection est contrôlée puisque le virus chute et les LT CD4 remontent à la normale. La réaction immunitaire semble donc protectrice avec l'installation d'un fort taux d'anticorps anti HIV qui se maintient très longtemps.
Mais progressivement le taux de LT CD4 diminue traduisant l'attaque sournoise du virus qui remonte doucement. La chute des Ac marque le début de l'immunodépression liée à la mort des LT CD4 : l'individu pourrait être séronégatif. La phase SIDA montre une reproduction virale intense avec quasi disparition des LT CD4 et des Ac : la mort emporte le malade, en général par des infections opportunistes.

L'évolution de l'infection selon les patients est toutefois variable : le cas général décrit ci-dessus peut être soit avec une charge virale restant importante et une durée raccourcie entre contage et sida, ou au contraire une très longue période avec un peu de virus mais sans sida.

 

Évolution typique Évolution rapide Pas d'Évolution ou Évolution lente 
 

On peut émettre deux hypothèses à la chute des LT CD4 : destruction par le virus, mais aussi chute de la production. Or on constate que la durée de vie de ces cellules est diminuée (de 90 jours elle passe à 30).

Sur de longues périodes il est difficile d'apprécier l'effet de réinfections.

L'analyse génétique du virus montre de très nombreuses souches qui n'ont peut être pas la même virulence.

3.5. Persistance du virus :

Les études actuelles montrent que le HIV persiste dans l'organisme malgré les traitements et malgré leur efficacité. Les cellules concernées sont probablement des LT CD4 mémoire, dont la demi-vie est de 43 mois (Le Monde 28 avril 1999).

Il est actuellement démontré que le virus persiste dans les testicules : malgré les traitements antiviraux qui rendent le virus indétectable dans le sang, il s'avère que HIV reste découvert dans l'appareil génital masculin (LE Monde 29/11/2006)


4. la maladie et son épidémiologie


4.1. Les modes de transmission

Il est établi que le SIDA n'est pas transmis par l'eau, les aliments ou les piqûres d'insectes (moustiques en particulier).

Le virus du SIDA est transmis selon quatre modes majeurs par le sang (ou ses dérivés) ou/et les sécrétions sexuelles :

  • par transmission sexuelle (le sida est une MST)
  • par transfusion sanguine et injection d'extraits sanguins
  • par échange par les drogués d'aiguilles et d'accessoires contaminés par le sang
  • par contamination du foetus ou du nouveau-né par la mère infectée essentiellement par la contamination lors de l'accouchement par les voies naturelles (contamination par les microtransferts de sang mère-enfant ou par les sécrétions de la mère) et l'allaitement. Seuls 20% des enfants de mères séropositives sont contaminées.
    En France le nombre de cas de transmission : 222 avant 1990, 27 en 1996, 9 en 1997, 0 au premier semestre 1998. Cette situation est liée au dépistage (95 %) et aux traitements. (Le Monde 15-16 août 1999)
    Autre donnée :
    la transmission mère séropositive enfant : 17% avant 1994, 1,6% entre 1997 et 2004, 0,4% si la charge virale est inférieure à 50 copies par mL.

Aussi :

  • les contacts de la vie courante ne transmettent absolument pas le SIDA
  • donner son sang ne peut en aucun cas transmettre le SIDA, le matériel utilisé pour prélever le sang étant stérile et jeté après utilisation.
  • les moustiques ne transmettent pas le HIV

Le SIDA est une maladie transmissible mais non directement contagieuse.

Statistique 2005 en France :

6700 nouveaux cas de séropositivité (dont 25% de moins de 6 mois, 43% d'hommes, 40% d'étrangers dont 50% d'Africains subsahariens). 62% d'hommes parmi les séropositifs. L'épidémie est localisée d'abord en Guyane, puis à Paris et Ile de France.

Transmission :

  • 51% rapports hétérosexuels
  • 27% rapports homosexuels
  • 2 % drogues injectables
  • 20% inconnu.
Un exemple de transmission (extrait du MONDE du 01 décembre 2003) :
Les damnés du sida de Houyang
Dans ce hameau démuni de la Chine profonde, le commerce effréné du sang, collecté sans précautions de 1985 à 1995, a provoqué une hécatombe : un quart de la population est morte ou est malade du sida, dans l'indifférence des autorités.

[...]Le hiérarque pensait avoir trouvé le sésame de la fortune : le sang, le sang bien rouge, bien frais, des paysans du Henan. Lors d'une réunion, il tint les propos suivants : "Nous devons tirer profit des deux avantages de la province. Le premier est une population nombreuse. Le deuxième est la qualité de son sang." Et il avait calculé : "Si entre 1 % et 3 % des 90 millions d'habitants du Henan pouvaient vendre leur sang une ou deux fois par an, nous pourrions générer des centaines de millions de yuans de profits."

Liu Quanxi voit les choses en grand. Il dispose d'une abondante ressource. Il lui faut dès lors des marchés. Il prospecte même le débouché américain. Finalement, l'affaire ne se conclut pas. Qu'importe : la demande en Chine, où les hôpitaux manquent de sang, est déjà bien suffisante. L'industrie biotechnologique et pharmaceutique, friande de plasma, s'intéresse elle aussi à l'or pourpre du Henan. Les centrifugeuses prolifèrent ainsi dans les villages. C'est là que le crime d'Etat se commet : la machine extrait le plasma du sang, lequel est ensuite réinjecté au donneur. Ou plutôt aux donneurs, car la machine est collective. Aucune précaution n'est prise. Les seringues ne sont pas stérilisées. Et c'est un résidu sanguin mélangé qui est rétrocédé aux donneurs. [...]

 


4.2. le diagnostic

Il repose sur deux méthodes :

  • l'isolement des virus par cultures de lymphocytes T sanguins ou ganglionnaires (les L. T sont la cible du virus) . Il est utilisé pour le diagnostic des enfants nés d'une mère HIV+ puisque les Ac peuvent être d'origine maternelle.
  • la détection des anticorps antiviraux (sérologie), avant tout les Ac dirigés contre la gp120 et la gp41, protéines d'enveloppe mais aussi la p24, protéine de la capside.

a. l'isolement des virus HIV

Il est réservé à des laboratoires spécialisés dotés de moyens importants et de mesures de sécurité majeures. Il ne peut s'agir dans l'immédiat de techniques de routine.

Diverses publications font mention de la présence de particules virales dans le plasma, le sérum, le sperme, les sécrétions endocervicales féminines pour les sujets séropositifs. Toutes ces études prouvent que le virus HIV est transmissible par le sang et ses dérivés et les sécrétions génitales masculines et féminines.

b. la détection des anticorps anti Ag d'enveloppe de HIV 1 et 2 (test de première intention)

On les rencontre dans le sérum des patients infectés car les protéines virales provoquent la formation d'Anticorps (Ac) sériques.
C'est la seule méthode de diagnostic pouvant être utilisée en routine.
On utilise pour ce dépistage essentiellement des méthodes ELISA avec ou sans compétition.

Exemples :

- savonnettes ABOTT (utilisées pour d'autres tests, en particulier de grossesse)

 

 

Les deux barres de la savonnette sont recouvertes : 
  • l'horizontale d'Ig de lapin anti IgG humaines 
  • la verticale d'Ag de HIV (gp41 de HIV1 et 2, p24 du core) 

Les étapes : 

  • addition du sérum : les Ig anti HIV se fixent sur la verticale et toutes les Ig sur l'horizontale
  • lavage 
  • addition du conjugué c'est à dire d'Ig marqué à la peroxydase anti Ig humaines 
  • lavage 
  • addition du chromogène puis de la solution d'arrêt. 

L'interprétation est simple: - = - + = + !!! 

 

 

- WellcomeZyme anti-HIV Monoclonal recombinant

Dans les puits de la microplaque sont fixées des Ig anti p24 d'HIV sur lesquels sont fixées des Ag HIV. 

On ajoute le sérum du malade et une Ig anti HIV marquée à la Peroxydase. Les Ig anti HIV du sérum et les Ig anti HIV marquées sont en compétition pour se fixer sur les épitopes d'Ag HIV différents de l'épitope de l'Ig de fixation. . 

L'addition du chomogène permet de montrer si les Ig marquées se sont fixées. 

Si elles sont fixées la coloration apparait et le résultat est négatif. 

Si elles ne se sont pas fixées alors ce sont les Ig du malade qui se sont fixées et le résultat est positif... 

 

 

Ce sont des méthodes simples, sensibles, spécifiques, rapides, destinées au dépistage des grandes séries de prélèvement.

Mais comme il existe quelques rares faux positifs, tout résultat positif devra être confirmé par une méthode plus spécifique mais plus coûteuse et réservée à des laboratoires spécialisés (Western Blot)

c. la détection d'Ac plus spécifiques d'enveloppe par immunoempreinte ou Western blot (test de confirmation)

On utilise la technique du Western Blot.

  • sur une bande d'électrophorèse est réalisée la migration de protéines du HIV cultivé in vitro
  • par un transfert électrique, les protéines sont placées sur une bande de nitrocellulose
  • le sérum du patient est mis en contact avec la bande
  • la bande est colorée

On détecte ainsi les Ac dirigés contre les protéines virales avec une bien meilleure précision que le test global.

Remarques :

1. La présence d'Ac anti HIV prouve que le sujet a été en contact immunisant avec le virus mais il n'est pas possible de dire s'il développera ou non un jour le SIDA.

2. Après contamination les Ac anti HIV apparaissent en 2 à 12 semaines, parfois plus lentement (1 an)

Il n'est pas possible de déterminer par les examens sérologiques si le sujet est contagieux. Mais il faut néanmoins l'informer d'une contagiosité éventuelle et lui rappeler les mesures prophylactiques qu'il doit respecter vis à vis de ses partenaires sexuels. De plus, des tests sérologiques ont un grand intérêt dans les Centres de Transfusion sanguine pour dépister les donneurs de sang séropositifs et écarter ces sujets qui représentent un danger potentiel de contamination.

d. des tests mixtes : détection d' antigènes et d'anticorps

L'idée est d'associer les deux recherches pour permettre une détection plus sûre et surtout plus rapide : la détection d'un antigène viral est plus précoce que celle de l'antigène. Le système VIDAS bioMérieux propose l'utilisation de cônes sensibilisées par des anticorps anti p24 et des peptides viraux. Les p24 ou les anticorps du sérum se fixent sur le cône, puis les anticorps de révélation marqués par la PAL (anticorps anti p24 ou anticorps anti-anticorps humains) se fixent (sur la p24 fixée ou sur les anticorps du patient fixés) et assurent donc la détection par l'hydrolyse du substrat de la PAL.

e. la mesure de la concentration virale par amplification génique

Les techniques d'amplification génique (par PCR par ex) se sont développées afin d'apprécier la charge virale dans le plasma. Elles permettent une détection très précoce, très utile dans les milieux du film X où la preuve de la non contamination rassure les acteurs et les actrices !

Ces techniques permettent de détecter une charge supérieure à 200 copies par mL en 1999.


4.3. la prévention

La Médecine est encore très dépourvue contre les infections virales puisqu'il n'existe pratiquement pas de médicaments antiviraux car il est difficile de bloquer l'activité du virus sans bloquer le fonctionnement des cellules de l'organisme hôte.

La prévention est donc fondamentale pour limiter la propagation du SIDA.

4.3.1. Prévention de la transmission par la voie sanguine

hygiène

Comme en dehors de l'organisme, les virus HIV sont très fragiles et facilement détruits par le chauffage à 56°C pendant 30 minutes ou un contact de 10 min. avec l'eau de Javel (hypochlorite) à 0,1 %, l'éthanol à 50 %, le glutaraldéhyde à 1 %, le méthanal (formol) à 0,5 %, il suffit pour éviter de se contaminer de :

  • de désinfecter les mains après tout examen clinique
  • porter des gants pour manipuler sang, sécrétions et excrétions du malade
  • désinfecter les récipients ayant contenu selle, crachats, urines d'une patient HIV+ avec de l'eau de Javel par ex.
  • préférer l'utilisation du matériel à usage unique
  • déposer tout instrument ou objet à usage multiple utilisé pour manipuler le sang dans eau de Javel, éthanol, puis le nettoyer et si possible le stériliser.
  • désinfecter à l'éthanol à 50 % pendant au moins une minute toute lésion cutanée (blessure, piqûre) contractée auprès d'un sujet HIV + ou non.

Par contre, le linge et les couverts de patients atteints du SIDA suivent le même circuit que ceux des autres patients.

dépistage dans le sang et les produits dérivés

Le dépistage systématique des Ac anti HIV sur les dons de sang est effectué en France depuis août 1985 ce qui diminue considérablement le risque de transmission mais ne l'annule pas complètement en raison de la longue période de séronégativité qui suit la contamination. Le chauffage des fractions sanguines utilisées, quand il est possible, limite encore le risque.

Les Centres de Transfusion évitent enfin de prélever du sang chez les personnes à risque (prisons, collectes de rue...). Ces mêmes personnes doivent éviter de donner.

On essaie de trouver des produits de substitution du sang en particulier par voie de synthèse biotechnologique pour des facteurs de coagulation. On limite au maximum les transfusions et le recours aux dérivés.

drogues par voie intraveineuse

Il est essentiel que les personnes consommant des drogues actives par voie intraveineuse renoncent à l'échange entre elles du matériel d'injection et utilisent des seringues et aiguilles stériles. Les pailles utilisées pour la cocaïne peuvent transmettre, en cas d'échange, du sang provenant de la muqueuse nasale abîmée par la paille.

Remarque : les sujets séropositifs ne doivent pas partager leur brosse à dents, leur rasoir ou tout autre objet susceptible d'être contaminé par leur sang.

On n'oubliera pas la grande polémique en France sur la contamination importante par le sida des hémophiles et des transfusés. La particularité française reposait sur l'importance du nombre des transfusions réalisées et sur la collecte à risque. D'autres pays voisins n'ont pas eu cette même catastrophe humaine, malgré l'absence de test sanguin de dépistage avant 1985. La réorganisation de l'utilisation du sang a conduit à une forte diminution de son utilisation, preuve que l'économie était possible, et au contrôle des donneurs permettant d'exclure les personnes à risuqe et en premier lieu les prisonniers, souvent toxicomanes par voie intraveineuse.

4.3.2. Prévention de la transmission par la voie sexuelle (le péril sexuel)

À lire aussi les déclarations de Bush junior et de son administration ! (à la fin)

Les recommandations essentielles sont :

  • la réduction du nombre de partenaires sexuels (elle a permis de limiter l'épidémie chez les homosexuels masculins aux USA. Il faut dire que leurs pratiques sexuelles échangistes étaient particulièrement propices aux échanges viraux; ils ont commencé par instituer l'abstinence sexuelle dans un premier temps).
  • l'usage de préservatifs pour lequel on doit insister en raison d'un relâchement très sérieux dans toutes les communautés de son usage, en particulier chez les homosexuels.

Par contre les virus HIV ne sont pas transmis au cours des actes de la vie quotidienne et ne sont pas contaminants en dehors des relations sexuelles et du contact sanguin.

4.3.3. Prévention de la transmission mère-enfant

Elle intéresse les femmes séropositives et celles faisant partie de groupes à risque :

  • toxicomanes par voie intraveineuse
  • prostituées
  • femmes originaires des pays où l'endémie est importante (en particulier les pays africains)
  • partenaires sexuelles d'hommes originaires de ces mêmes pays, de toxicomanes, de bisexuels, d'hémophiles.

On estimait le risque  à  17% avant 1994, 1,6% entre 1997 et 2004 et 0,4% si la charge virale est inférieure à 50 copies par mL.

Les virus HIV sont transmis par une mère infectée à son enfant dans un cas sur 2 (ou 20% en France). Il semble que HCG ait un rôle bénéfique. Trois possibilités pour cette transmission :

  • pendant la grossesse par passage du virus au travers du placenta. Très rare
  • à la naissance par contamination vaginale lors de l'accouchement. Fréquent.
  • ou après par contamination par la lait lors de l'allaitement. Fréquent.

D'autre part, la grossesse favorise chez la mère séropositive le déclenchement de la maladie SIDA.

La prévention comporte donc :

  • l'information de la mère sur les risques encourues par elle pendant le grossesse et par les risques encourus par l'enfant.
  • le dépistage sérologique des femmes à risques si elles souhaitent une grossesse ou si elles sont enceintes.
  • un traitement avant l'accouchement. En Afrique on peut proposer un traitement "minute" à la néviparine. Des essais restent en cours (voir le Monde 29 septembre 1999)

On recommande donc :

  • d'interrompre la grossesse pendant les deux premiers trimestres
  • de surveiller attentivement au cours du troisième trimestre la fin de la grossesse et de prévoir un accouchement par césarienne si les conditions sanitaires le permettent avec perfusion d'AZT. Puis le bébé est traité à l'AZT pendant 6 semaines.

Des études sont entreprises de traitement des femmes enceintes séropositives avec des antiviraux.


4.4. Les stratégies thérapeutiques

Il est bien entendu nécessaire de traiter les infections opportunistes.
Les stratégies thérapeutiques anti-HIV s'orientent dans deux directions principales :

  • utilisation d'agents antiviraux s'opposant à la multiplication antivirale
  • restauration des fonctions immunitaires ????????.

- Thérapeutique antivirale

Elle a pour but d'empêcher l'une des étapes du cycle :

  • Inhibition de l'interaction virus/cellule en:
    • empêchant la liaison VIH/récepteur CD4 ( CD4 soluble = leurre pour le virus , peptide T = analogue de la Gp110 , ) ou l'entrée (enfuvirtide (Fuzeon) par mécanisme ???)
  • Inhibition de la transcriptase réverse par des analogues des nucléosides comme l'AZT depuis 1987, et ses dérivés ddI , ddC, puis des dérivés non nucléosidiques comme la néviparine et éfavirenz.
  • Inhibition de l'intégration du DNAc viral par les inhibiteurs de l'intégrase.
  • Inhibition de la synthèse des ARN messagers viraux ( oligonucléotides anti-sens s'hybridant à des gènes de régulation empêchant ainsi l'expression de divers gènes .
  • Inhibition de la maturation des protéines virales . Il s'agit en fait de la coupure de la protéine produite en trois protéines : elle nécessite des protéases qui sont atteintes par les antiprotéases de création récente.

On utilise depuis 1996 une trithérapie efficace (antiprotéases et deux anti-transciptase réverse) mais dont ses effets secondaires sont pénibles pour les patients tout en leur assurant une autre qualité de vie. La réduction de la concentration en HIV n'empèche pas son maintien dans le corps et très certainement la contagiosité. En France, on estime à 6 % le nombre d'échecs thérapeutiques, soit environ 2000 personnes (une charge virale supérieure à 5000 copies par mL est suspecte, et à 30000 copies par mL avec un taux de CD4 inférieur à 200 000 par mL l'échec est patent).
Ces échecs sont bien sûr lié à des mutants polyrésistants qui apparaissent d'autant plus facilement que l'observance des thérapeutiques est mal respectée par le patient. Il est possible, par phénotypage ou génotypage, de détecter les résitances. (voir Le Monde du 7-8 avril 2002). On estime que 10% des virus sont résistants primaires en Europe (ces virus résistent au premier traitement administré) (Le Monde 18 juillet 2003).

En 2004, il semble qu'une trithérapie générique soit particulièrement efficace, y compris au stade sida avéré, et bien adaptée aux pays du tiers-monde. Il s'agit de comprimés de Triomune contenant néviparine, stavudine et lamivudine. Le coût est de 20 euros par mois. (Le Monde 3 juillet 2004)

AZT = 3'-azido-3'deoxythymidine = azidothymidine

- Restauration des fonctions immunitaires ???????

Il s'agit de l'utilisation de cytokines immuno-stimulantes ( interféron a , g , interleukine 2 , GM-CSF ).

Liste des produits antiviraux : (1998)

Inhibiteurs de la transcriptase réverse de type analogue de nucléoside
Didanosine (Videx, ddI)
Lamivudine (Epivir, 3TC)
Stavudine (Zerit, d4T)
Zalcitabine (HIVID, ddC)
Zidovudine (Retrobir, AZT)
Inhibiteurs de la transcriptase réverse de type non-nucléoside
Delavirdine (Rescriptor)
Nevirapine (Viramune)
Inhibiteurs de protéases
Indinavir (Crixivan)
Nelfinavir (Viracept)
Ritonavir (Norvir)
Saquinavir (Invirase, Fortovase)


5. les autres rétrovirus

Cette famille, définie par la présence de la transcriptase-réverse et le RNA de leur génome, est divisée en 3 sous-groupes :

les oncovirus à RNA : virus responsables de leucémies et de cancers . Les HTLV1 et HTLV2 (Human T Cell Leukemia Virus) identifiés chez l'homme comme responsables de leucémies des lymphocytes T appartiennent à cette famille . Il existe 2 types d'oncovirus :
  • les oncovirus porteurs d'un gène oncogène qui est un gène cellulaire acquis par le virus et modifié soit par mutation soit par délétion.
    En général ces virus sont défectifs et nécessite un virus complet dit helper pour se répliquer .
    Les cellules normales dans lesquelles s'intègrent un tel virus se transforment (perte de l'inhibition de contact, multiplication anarchique , modification du cytosquelette...) et provoquent donc un cancer.
  • les oncovirus activateurs d'un gène cellulaire sont des virus qui ne portent pas d'oncogènes viraux mais qui lors de leur intégration dans l'ADN cellulaire vont se positionner à proximité d'un oncogène cellulaire et l'activer. C'est le cas de l'HTLV1. Ils déclenchent aussi un processus tumoral.

les Lentivirus : virus responsables d'infections virales à développement lent , non cancéreuses. Appartiennent à cette famille :

  • HIV 1 et HIV2 responsables du SIDA humain
  • SIV responsable du SIDA du singe

À l'inverse des oncovirus ils vont détruire les cellules qu'ils infectent .
Ils sont responsables de pathologie chronique à évolution lente au niveau des poumons , des articulations, du système nerveux central , de l'immunité .....

les Spumavirus sont des virus identifiés chez de nombreux mammifères mais ils ne sont associés à aucune pathologie chez l'homme et chez l'animal.


Conclusions

    Le sida est certainement la maladie la plus symptomatique du XXe siècle et de ses incohérences.
    Liée au sexe, elle fut au départ la sanction divine contre les "obsédés sexuels contre nature" que sont, pour certains, les homosexuels. La vengeance divine ! ("le fléau de Dieu")
    À moins que des militaires mauvais techniciens n'aient laissé s'échapper de leurs laboratoires ultrasecrets ce nouveau virus !
    Puis vient le temps où l'on soupçonne l'Afrique d'être un grand réservoir de virus. Il a fallu bien du temps pour que l'on s'aperçoive de l'extrème étendue de l'épidémie de sida en Afrique noire et donc de la transmission hétérosexuelle puisqu'il est difficile d'imaginer tous Africains homosexuels !
    Le SIDA devient pour ces pays pauvres une nouvelle calamité après le paludisme et d'autres parasitoses, calamité terriblement handicapante pour leur avenir puisque les plus touchés sont les jeunes au moment où ils seraient très utiles à la collectivité.
    Pour situer le nombre de morts, il représente aujourd'hui la moitié des morts de la deuxième guerre mondiale pourtant réputée très meurtrière, et dans quelques années dépassera sans aucun doute les 55 millions de morts.

    La découverte du HIV a été aussi l'occasion de batailles scientifiques avec la rivalité franco-américaine entre le Professeur GALLO, spécialiste des virus et découvreur des rétrovirus, et le Professeur MONTAGNIER, éminent chercheur de l'Institut Pasteur avec en fond de décor les problèmes de droits sur les tests à venir.

    Quant à l'origine du virus, il apparait clairement aujourd'hui qu'il s'agit d'un virus du singe (notamment le chimpanzé Pan troglodytes troglodytes et le macaque) qui s'est adapté à l'homme. Le passage du singe à l'homme pourrait être alimentaire, ces singes étant mangés par l'homme. (voir La Recherche 219 avril 1999).
    Enfin, scientifiquement, de nombreuses avancées dans la compréhension des systèmes biologiques ont été induites par l'étude du HIV. Les rétrovirus interviennent-ils dans l'évolution des espèces ?

 Compléments

  • articles du journal Le Monde (voir ci-dessous)
    • Dans une immense solitude l'Afrique meurt d'abord du sida
    • Au village, on a du mal à réunir onze joueurs de foot
    • En Zambie, 20 % de la population adulte est infectée par le virus
    • La prostituée italienne qui disséminait le virus du sida

Dans une immense solitude, l'Afrique meurt d'abord du sida

14 septembre 1999 Le Monde
LUSAKA de notre envoyé spécial
La onzième Conférence internationale sur Ie sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique, qui se tient du 12 au 16 septembre à Lusaka, capitale de la Zambie, s'est ouverte dimanche dans une ambiance de catastrophe. Alors que l'épidémie semble contrÔlée dans le monde occidental, que le sida a pris le statut de maladie chronique, I'Afrique est plus gravement touchée que jamais. 34 millions de personnes infectées depuis l'apparition du virus, il y a quinze ans, 11,5 millions de personnes tuées, dont près de 2 millions pour la seule année 1998. Officiellement, quatre pays d'Afrique australe ont dépassé le seuil de 20 % de la population adulte contaminée: le Botswana, la Namibie, le Swaziland et le Zimbabwe. La Zambie elle-même frise ce chiffre. Devant une assistance médusée, Pierre Mpele, président de la Société africaine de lutte contre le sida, a affirmé que dans certaines régions " un adulte sur trois, voire un sur deux, pourrait être infecté ".
Le monde ne semble pas prendre la mesure de cette tragédie, a souligné Ibrahim Samba, directeur régional pour l'Afrique de l'OMS. " Aujourd'hui, sur 46 pays, plus de 20 sont touchés par la guerre, a-t-il dit. L'an dernier, ces conflits ont fait 200 000 morts. J'ai le regret de dire que tout ca n'est rien comparé au sida. " Le Dr Nkandu Luo, ministre de la santé de Zambie et présidente du comité d'organisation de la conférence, a comparé ce drame à un autre événement de l'histoire africaine: la traite des Noirs.
Devant ce constat, ces décennies d'efforts de développement annihilés, ce recul de près de vingt ans de l'espérance de vie dans les pays les plus touchés, il appartenait quand même aux orateurs de signaler quelques lueurs d'espoir. Directeur exécutif d'ONUSida, Peter Piot s'est réjoui de la prise de conscience que " le sida n'est pas une maladie de plus, mais une véritable catastrophe pour le développement". Il a ainsi souligné la mobilisation des organismes internationaux, comme l'Organisation mondiale de la santé, l'Unicef, mais aussi la Banque mondiale qui ont, pour la première fois, placé le sida au rang de priorité. Peter Piot a salué la mobilisation des gouvernements africains. " Ce sont les seuls à pouvoir mettre le sida au coeur de leur politique, a renchéri Callisto Madavo, directeur pour l'Afrique de la Banque mondiale. L'Ouganda l'a fait, les résultats sont exemplaires. Ce sont les seuls d pouvoir coordonner l'action, voyez le Sénégal dont le taux de contamination ne dépasse pas 2 % (...). Sans mobilisation des gouvernements, I'argent ne changera rien. "
Dans la salle est passé un curieux vent froid. Aucun président pas un seul de ces ministres des finances, dé l'éducation, de la défense dont Peter Piot attendait la venue, car " eux peuvent montrer que le sida n'est pas seulement une tragédie médicale", n'était présent. Quant aux pays européens, ils se sont contentés, pour la première fois depuis onze ans, de dépêcher leurs ambassadeurs. Aucun n'a cru bon d'envoyer un ministre. Sans doute ont-ils estimé que la présence, au nom de l'union européenne, de Kirsti Lintonen, sous-secrétaire d'État finlandaise au développement, serait bien suffisante.
Nathalie Henherg


" Au village, on a du mal à réunir onze joueurs de foot "
Joséphine Oupoh a créé une association ivoirienne de femmes séropositives " pour en parler "

14 septembre 1999 Le Monde
ABIDJAN correspondance
REPORTAGE - La maladie est souvent considérée comme une punition infligée par des sorciers
" Tiens, voilà Mme Capote. " Quand Joséphine Oupoh retourne dans son village, où elle mène campagne contre le sida, on ne l'appelle plus que par son surnom. Cette ancienne vendeuse de fripes sur les marchés d'Abidjan fait partie de cette minorité de femmes ivoiriennes séropositives qui ont choisi de militer à visage découvert. " Que tu te montres ou pas, le sida est Id qui te ronge, et si tu restes cachée dans ton coin, personne ne viendra d'aider", estime cette mère de famille de trente-huit ans.
" Quand j'ai donné mes premières interviews dans la presse, les gens ont dit que je mentais, que je n'étais pas malade mais que je faisais ça pour trouver du travail ", dit Joséphine, désespérée par l'ignorance sur la maladie, en particulier chez les jeunes, dont beaucoup " nient encore l'existence du sida " malgré les campagnes de sensibilisation.
" Dans mon village, il y a moins de quinze ans on pouvait constituer quatre équipes de football pour les tournois de vacances. Aujourd'hui, on a du mal à réunir onze joueurs. Les jeunes sont tous morts. On a dû ouvrir un nouveau cimetière ", dit-elle. Officiellement, 12 % de la population ivoirienne sexuellement active est séropositive. Soit plus de 800 000 personnes dont une majorité de femmes. On estime à 100 000 les décès dus au sida chaque année; dans le même temps, 60 000 à 70 000 personnes sont nouvellement infectées. La grande majorité ne le sait pas et mourra dans l'ignorance du mal qui les aura tués. " De toute façon, tant que tu n'es pas allongé dans un lit au service des maladies infectieuses, avec un seau en dessous parce que tu te vides de toute part, personne ne pense réellement au sida ", commente Joséphine.
PUNITION
La maladie est encore souvent considérée comme une punition infligée par des sorciers malveillants, des ancêtres en colère, des voisins jaloux ou rancuniers. On n'a donc recours au système de santé moderne, hors de portée de la plupart des bourses, qu'après avoir tenté de conjurer le sort et consulté tous les féticheurs.
Quand les premiers signes de la maladie sont apparus, Joséphine, qui en ville regarde la télé, écoute la radio, a tout de suite pensé au sida. La famille, inquiète, a dépêché à son chevet un marabout pour un diagnostic: des sorciers du village avait décidés de la tuer. Joséphine s'y est opposée parce qu'elle ne voulait pas les irriter " des fois qu'ils décident de la liquider pour de bon. ". Elle a décidé de faire un test au seul centre de dépistage volontaire, anonyme et gratuit du pays, à Abidjan. Elle a annoncé sa séropositivité à son mari, qui a accepté d'aller à son tour passer une test, positif aussi.
"Maintenant, tous les deux, or, joue dans la même équipe. " Ils ont alors décidé de se battre. Elle a adhéré à l'une des premières associations ivoiriennes des séropositifs puis a fondé, avec une dizaine d'autres, Amepouh (" Nous vaincrons " en langue guéré), qui ne regroupe que des femmes. Son mari, lui, a créé une association de défense des droits des séropositifs, constituée de malades et de juristes. Joséphine est devenue conseillère et reçoit les patients du centre Guy-Montagnier à Abidjan. Tous les samedis, elle participe aux réunIons d'Amepouh à Yopougon, une des grandes banlieues populaires de la capitale. Là, des femmes, toutes séropositives; se retrouvent pour parler de leurs problèmes, du rejet des familles, des angoisses pour leurs enfants des stratégies de lutte, d'une prochaine sortie ensemble à la plage ou des moyens de gagner un peu d'argent pour faire face aux frais médicaux. En dehors d'Amepouh, elles ne parlent jamais de leur maladie.
" Le sida est notre seul partenaire ", lâche l'une d'entre elles. Deux seulement, parmi elles, bénéficient du programme national d'accès aux bithérapies qui grâce à des subventions de l'État et au Fonds de solidarité thérapeutique international (FSTI), alimenté par la France, offre des traitements à moindre coût. Elles ne paient que 5 000 francs (50 FF) par mois contre 100 000 francs CFA (1000 F) à plein tarif. Les autres n'ont même pas les moyens d'assurer ces 5 000 F tous les mois, qu'il faudra payer toute sa vie pour une thérapie qui ne donne des résultats médiocres.
CORRUPTION
Sur les huit fondatrices d'A pouh, cinq sont décédées. La pauvreté tue ces femmes autant que leur sida. La solidarité au sein d'Amepouh permet de financer une partie des frais médicaux de celles qui développent la maladie, de soutenir la famille, d'aider aux funérailles.
Les carences du système national de santé, sous-équipé, manquant de personnel, gangréné par la corruption, réduisent les chances d'obtenir une rémission. Du service des maladies infectieuses du CHU de Treichville, qui ne fonctionne qu'à 50% faute d'infirmiers, où 80 % des lits sont occupés par des sidéens, on ressort rarement vivant. Dans le hall, un avis placardé en plusieurs exemplaires: "Les certificats de décès sont délivrés gratuitement. " Le seul acte pour lequel, pendant leur calvaire malades n'auront pas à payer.
 
Fabienne Pompey


En Zambie, 20 % de la population adulte est infectée par le virus-

14 septembre 1999 Le Monde
SELON les statistiques officielles que le gouvernement zambien a fourni en mai 1999, 20 % de la population adulte du pays était infectée par le virus du sida, le VIH. Le 29 août, un journal sud-africain, le Sunday Times, rapportait des déclarations plus pessimistes des autorités de Lusaka: la moitié des 10 millions de Zambiens succomberaient au sida et 80 000 des 400 000 bébés naissant chaque année sont séropositifs. Entre 13 % et 50% des enfants zambiens de moins de quinze ans ont perdu au moins l'un de leurs deux parents.
 
C'est le contexte dans lequel va se dérouler du 12 au 16 septembre, à Lusaka, la Xle Conférence internafionale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique. Depuis la précédente, qui s'était tenue en 1997 à Abidjan (Côte d'Ivoire), les prévisions les plus pessimistes pour le continent africain sont devenues réalité. Le rapport de l'Onusida (]e Programme commun des Nations unies sur le VIH) et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), rendu public le 23 juin 1998, avait souligné une évolution géographique en Afrique subsaharienne: "L'épidémie se déplace vers le sud. " Le principal épidémiologiste de l'Onusida, Berhard Schwartlaender, cité par l'hebdomadaire allemand Focus du 11 mai, estimait que l'épidémie avait pris de telles proportions en Afrique australe qu'elle était à présent "hors de contrôle ".
L'infection par le VIH est devenue la quatrième cause de mortalité dans le monde, derrière les cardiopathies ischémiques, les maladies cérébrovasculaires et les infections aiguës des voies respiratoires inférieures, mais sur le continent africain, elle occupe la première place. De nouveaux chiffres sont attendus pour le 1er décembre, Journée mondiale contre le sida, mais les plus récents, publiés le 30 novembre 1998 par l'Onusida, indiquaient que sur 10 personnes ayant contracté l'infection par le VIH dans le monde, 7 vivaient en Afrique, une proportion qui montait à 9 sur 10 chez les moins de quinze ans.
Le coût humain et social de l'épidémie est effrayant: depuis qu'elle a débuté, 83 % des décès se sont produits en Afrique et au moins 95 % des orphelins du sida y vivent, alors que moins de 10 % de la population mondiale y réside. Le fossé s'est creusé entre les pays les plus développés, où la situation est relativement bien maitrisée grâce aux traitements combinés et aux efforts de prévention, et les pays les moins développés, où l'absence de disponibilités des traitements efficaces est un élément supplémentaire des déficiences structurelles des systèmes de santé locaux. Le sida vient se combiner à d'autres fléaux infectieux, paludisme et surtout tuberculose, qui est la première cause de mortalité chez les Africains infectés par le VIH.
 
UNE MAJORITÉ DE FEMMES
En particulier, l'épidémie touche fortement les femmes africaines, qui sont victimes de la majorité des nouvelles infections, et surtout les jeunes filles : dans les pays où les jeunes représentent plus de 60 % des nouvelles infections, on compte deux jeunes filles atteintes pour un jeune homme. L'Onusida doit rendre publique à l'occasion de la conférence de Lusaka une étude sur la prévalence de l'infection par le VIH dans quatre villes africaines, qui confirmerait cette tendance à une prédominance féminine.
 
L'Afrique a perdu, du fait du sida, une génération, précisément celle qui constitue les forces vives de la population active, accélérant la crise de développement du confinent et déstabilisant ses sociétés. Un constat qui met en évidence le retard avec lequel s'opère la prise de conscience tant locale qu'internationale.
 
P. Bernard


La prostituée italienne qui disséminait le virus du sida


La presse de la Péninsule a largement diffusé la photo d'une péripatéticienne de Ravenne qui aurait eu 5 000 clients depuis sa contamination par le HIV. Interpellée et placée à l'hôpital sous haute surveillance policière, ? Lady Aids ? s'est murée dans le silence
Le Monde 19 février 1998
DEUX LIGNES de téléphone spéciales ont été ouvertes, samedi 14 février, à la préfecture de police de Ravenne, en Italie, dans la province d’Émilie. Et, depuis, les appareils ne cessent de sonner. Des agents ont été détachés pour recueillir les centaines d'appels de personnes complètement paniquées. Depuis que la photo de Giuseppina Barbieri, quarante-neuf ans, a été publiée par toute la presse, que la télévision a montré à satiété son visage, un vent d'effroi s'est emparé de milliers de gens. Giuseppina est une prostituée. Depuis le mois de novembre 1996, elle sait qu'elle est séropositive. Ce qui ne l'a pas empêchée de continuer à vendre ses charmes au lido de Dante à Ravenne, où elle exerce habituellement, mais également dans toutes les villes environnantes. Et cela sans prendre de précautions particulières.
Selon les services de police, près de 5 000 clients sont concernés. Cela ne signifie pas que tous ont pu contracter le virus HIV. Mais ceux qui ont été infectés peuvent à leur tour le propager sans savoir qu'ils en sont porteurs. Un plan de bataille a immédiatement été mis sur pied par les autorités en raison de l'urgence. D'abord et avant tout, diffuser au maximum la photo de la péripatéticienne, et ensuite établir une liste des personnes qui ont fait appel à ses services. ? Nous savions qu'elle travaillait tous les jours. Nous savions qu'elle rencontrait jusqu'à dix hommes par jour ?, raconte M.Di Berardino, de la brigade mobile à La Stampa. Le journal de Turin explique que celle qui était appelée ? la putain du tribunal ?, parce que son lieu de travail se situait près des grilles de ce bâtiment, participait à des rencontres échangistes, des orgies, des films pornographiques.
C'est à la suite de l'interpellation de son souteneur, Fernando Pognani, que le cas de ? Lady Aids ? a été découvert. Lors de la perquisition au domicile de son ? protecteur ?, une quantité impressionnante de médicaments a été retrouvée. Giuseppina a été rapidement interpellée et se trouve actuellement à l'hôpital. ? Elle ne voulait pas ressentir la mort. Jusqu’à présent, elle l’a fait avec tous, à toute allure, et ne se sentait pas mourir. Désormais, elle s'est arrêtée et, pour la première fois, elle sent la mort venir ?, écrit Ferdinando Camon dans La Stampa. Est-ce l'explication ? Interrogée par l'envoyé spécial du quotidien à Ravenne, sa s?ur Zemira indique que Giuseppina a commencé à se prostituer il y a dix ans, qu'elle a abandonné sa fillette de dix mois et son mari pour suivre son souteneur.
La véritable explication est donnée par une ancienne prostituée de Milan, âgée aujourd'hui de soixante et onze ans qui se confie dans le Corriere della Sera. ? La majeure partie d'entre nous travaillent parce qu'elles sont obligées de gagner leur vie à n'importe quel prix. Et si une d'entre nous se dit qu'elle a le sida, cela signifie que pour elle tout est fini. Il est très difficile pour une prostituée de changer de vie ?, explique Fiorina Nobili. Elle ajoute: ? Ce sont les clients qui ne veulent pas mettre de préservatifs. Ils sont prêts d payer plus cher pour cela. Et les filles acceptent pour avoir plus d'argent. C'est de l'inconscience ! ?
Giuseppina, la semeuse de mort, est protégée par la police sur son lit d'hôpital. Elle refuse de parler à qui que ce soit. A la préfecture de police, la liste des clients s'allonge au fil des heures. ? Aidez-moi, je vous en supplie, aidez-moi. Si j’ai le sida, je me tue ?, rapporte La Repubblica, qui publie une demi page de ces appels de détresse. ? A la pinède du lido de Dante, à proximité de la maison de ? Lady Aids ?, la vie continue comme si rien ne s’était produit, écrit La Stampa. Les couples se retrouvent toujours au beau milieu de l'après-midi. ?
Michel Bôle-Richard


L'administration Bush prône l'abstinence sexuelle pour les adolescents

Le Monde du 5 juillet 2002

Les références idéologiques et religieuses sont rarement absentes des discours et des actes politiques de l'administration Bush. Le gouvernement américain a ainsi décidé, cette année, de consacrer 135 millions de dollars supplémentaires à la promotion de l'abstinence sexuelle dans les écoles : un programme créé en 1996 en catimini par des parlementaires républicains. « L'abstinence, ce n'est pas seulement dire non, c'est dire oui à un avenir plus joyeux », a écrit, en 2001, George Bush aux partisans de cette méthode éducative réunis en congrès à Miami. « C'est la seule façon d'éviter les maladies sexuellement transmissibles, les grossesses précoces et les difficultés sociales et personnelles lices à une activité sexuelle n'entrant pas dans le cadre du mariage », affirme le secrétaire à la santé, Tommy Thompson.
« L'abstinence est efficace à 100 %, en permanence, n'a pas d'effets secondaires et est totalement gratuite », ajoute-t-il. « La seule sexualité sans danger est celle qui entre dans le cadre d'un mariage monogame » ajoute Wendy Wright, porte-parole du lobby conservateur « Les Femmes soucieuses de l'Amérique » : « Enseigner autre chose aux enfants serait dégradant »
L'histoire pourrait presque prêter à sourire s'il ne s'agissait de répondre à un problème social grave. Même si ce nombre se réduit, les grossesses précoces concernent, chaque année, près d'un million d'adolescentes aux États-Unis. Statistiquement les jeunes filles américaines courent quatre fois plus de risques qu'en Allemagne, six fois plus qu'en France et huit fois plus qu'aux Pays-Bas d'avoir un enfant non désiré. Pour la plupart ces mères sont issues de minorités et de milieux défavorisés.
NIER LA RÉALITÉ
« Est-il efficace de prôner l'abstinence ? Bien sûr » estime Bill Albert, porte-parole d'une « Campagne nationale pour empêcher les grossesses d'adolescentes ». La question est surtout de savoir si l'éducation limitée à prêcher la seule abstinence ne débouche pas sur une catastrophe », ajoute-t-il. Les 135 millions de dollars seront distribués uniquement aux écoles des États qui acceptent de promouvoir I'abstinence en lieu et place de toute éducation sexuelle et information sur la contraception.
Pour l'ACLU, organisme de défense des libertés civiles, il est « irresponsable » d'empêcher les enseignants d'aborder les questions de contraception. « Certains adolescents ne vont évidemment pas attendre jusqu'au mariage » explique Catherine Weiff, de l'ACLU. « Nous devons les protéger. C'est plus important que de promouvoir une idéologie, un idéal ou la pureté morale. » C'est aussi nier la réalité. Près de la moitié des jeunes Américains entre 15 et 19 ans ont une vie sexuelle et ce chiffre atteint 70 % à 18 ans. Même des responsables religieux contestent la politique du gouvernement
Plus de 2000 prêtres et théologiens chrétiens et juifs ont signé au début du mois de juin un texte déclarant qu"« enseigner exclusivement l'abstinence est une trahison de la jeunesse de ce pays ».
Eric LESER