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ATNC et Prions

PRION

Prions et ESST (ESB...) - ATNC

Les Prions sont considérées comme des protéines infectieuses responsables notamment de la maladie des vaches folles. Ils sont aussi en cause dans la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) nouvelle forme et peut être ancienne.
Ils ont été très présents dans les actualités des années 2000 et ont finalement quasiment disparus aujourd'hui en 2009. Toutefois, quelques précisions valent la peine d'être apportés pour la compréhension du phénomène, en espérant les données justes ! Espérons aussi que sera évitée une nouvelle alerte sanitaire d'une telle ampleur.

Les dégénérescences du système nerveux

un petit historique

d'après Revue Française des Laboratoires n°286 (septembre 1986), Biofutur n°156 mai 1996, La Recherche n°299 (juin 1997) n°322 (juin 2000), divers "Le Monde", Le point sur les connaissances, document INRS (fiche ED 5016).

  • 1732 : La première ESS, la tremblante du mouton, ou "scrapie" en anglais, est connue au moins depuis 1732 en Europe et en Angleterre.
  • 1755 : En 1755, les fermiers anglais déposèrent à la Chambre des Communes une pétition pour protester contre les ravages que provoquait le scrapie.
  • La maladie se manifeste par une atteinte lentement progressive du système nerveux central (SNC), touchant essentiellement la substance grise du cerveau, et provoquant un dodelinement de la tête et des tremblements (d'où son nom français), et un prurit intense (d'où son nom anglais). Les malheureuses bêtes se frottent jusqu'au sang contre tout objet rugueux, avec comme conséquence des pertes considérables pour l'industrie de la laine. Pour les uns, la maladie était de nature infectieuse, alors que, pour d'autres, elle était dégénérative et héréditaire.
  • 1883 : un vétérinaire de Haute-Garonne, M. SARRADET décrivit le premier cas mondial de tremblante chez un boeuf.
  • 1920-1921 : Description de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ)
  • 1936: Jean CUILLÉ et Paul-Louis CHELLE, deux vétérinaires français, transmirent expérimentalement la tremblante du mouton à des moutons sains, démontrant la nature infectieuse et transmissible de la maladie. S'ils ont réussi, là où beaucoup d'autres avant eux avaient échoué, c'est parce qu'ils ont inoculé le matériel infectieux directement dans l'oeil des moutons, donc en plein système nerveux central, et que, de plus, ils ont su attendre suffisamment longtemps l'apparition des symptômes, car la tremblante est une maladie très lentement progressive. Un peu plus tard, ils réussirent à transmettre la tremblante du mouton à la chèvre.
  • 1954 En 1954 et 1957, Bjorn SIGURDSSON, un médecin islandais établit le concept de "maladie lente à virus", à partir de deux maladies neurologiques progressives du SNC du mouton: le "Rida", qui n'était que la forme locale, islandaise de la tremblante, provoquée par un "agent infectieux non conventionnel", et le "Visna" dont on sait aujourd'hui qu'il est dû à un rétrovirus, et plus précisément un lentivirus.
  • 1961 : R.L. CHANDLER réussit à transmettre le scrapie à la souris, ouvrant l'ère des modèles expérimentaux murins (souris, hamster) dans l'étude des ESS.
  • 1966 : Carleton GAJDUSEK et al. réussirent à transmettre expérimentalement au chimpanzé une étrange et exotique ESS de l'homme, le "Kuru". Cette maladie du SNC d'aspect dégénératif était endémique, au début des années 1950, dans une ethnie localisée de Nouvelle-Guinée, les Forés, vivant à l'âge de la pierre polie. Ils pratiquaient la cannibalisme rituel des parents décédés, au cours duquel l'encéphale de l'aleul était consommé par le clan, afin de s'imprégner de sa force spirituelle. C'est l'ingestion du SNC infecté qui assurait la transmission de la maladie parmi les Forés essentiellement parmi les femmes, les hommes consommant plus volontiers les muscles, source de force. Après l'interdiction de ces pratiques par les autorités, le Kuru (= "trembler de peur", en foré) a progressivement décliné puis disparu.
  • 1971 : D.C. GAJDUSEK et C.J. GIBBS transmirent expérimentalement le Kuru et la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), la plus anciennement connue des ESS de l'homme, à différents singes du Nouveau Monde. La MCJ était une maladie rare et cosmopolite contrairement au Kuru qui était géographiquement localisé, mais en extension épidémique.
  • 1982 : Stanley PRUSINER, un neurologue californien, énonça, pour expliquer la pathogénie de ces différentes ESS, le concept de prion, une protéine infectieuse et auto-catalytique, une idée totalement révolutionnaire.
  • 1985 : S. PRUSINER et son équipe montrèrent que le prion ne serait qu'une forme anormale, "dévoyée", d'une protéine normale présente dans nos neurones.
  • LA VACHE FOLLE
  • 1985 En 1985-1986, sont apparus en Grande-Bretagne les premiers cas d'une nouvelle ESS animale, l'encéphalite spongiforme bovine (ESB), ou "maladie de la vache folle", maladie comparable à celle du mouton mais qui n'avait été observée qu'une fois dans un cas isolé au XIXe siècle. C'était la conséquence d'une modification intempestive des procédés de préparation des suppléments protéiques d'origine animale introduits dans l'alimentation industrielle des bovins. On a transformé des herbivores en carnivores, pour des raisons purement économiques, et avec l'accord complet des vétérinaires britanniques. Ces aliments ayant été exportés, I'ESB a également été observée en République d'lrlande, en France, au Portugal et en Suisse, peut-être dans les Emirats Arabes. Pour le Royaume-Uni, on estime actuellement qu'il y a 160 000 cas pour 11,5 millions de têtes, contre une vingtaine en France, 200 en Suisse, quelques dizaines en Irlande et 43 au Portugal.
    Des expériences réalisées chez la souris montrent la transmissibilité. Les cas observés en 1986 ne sont pas des cas initiaux mais des cas liés au recyclage des animaux.
  • 1988 (18 juillet) interdiction (enfin) de l'utilisation des farines animales (ou farines de viande et d'os = FVO) contaminées par la Grande-Bretagne : on sait déjà que la transmission est alimentaire.
  • 1989 (28 juillet) : embargo sur le bétail né avant le 18 juillet 1989 et la descendance d'animaux suspects ou malades par l'Europe. Interdiction des fariens animales pour les bovisn en France (un an après la GB)
  • 1990 (juillet) : la mort d'un chat, Max, laisse supposer la barrière d'espèce franchie...
  • 1991 (mars) : premier cas d'ESB en France.
  • 1994 (juin) : interdiction 'enfin) européenne de l'usage des farine animales dans la préparation d'aliments pour bovins.
  • 1996 Le 6 avril 1996 fut décrite une nouvelle forme de MCJ, en Grande-Bretagne (11 cas) et en France (2 cas), dans un contexte médiatique "explosif", car il y a tout lieu de croire que c'est l'ESB qui est parvenue, via des aliments d'origine bovine, à infecter l'homme. C'est cet aspect particulier du problème des prions qui fait basculer un problème vétérinaire et économique, dans le domaine de la Santé publique. Il entraine l'EMBARGO de la Commnauté européenne sur les exportations de viande, de semence, d'embryonné de bovins britanniques. Ajoutons que la démonstration de la transmission de l'agent de l'ESB bovine aux ovins est faite. La transmission possible par le lait de la vache au veau est aussi démontrée.
  • 1996 : L'Europe demande le traitement des farines animales à 133°C-20 minutes, probablement en atmosphère humide sous 300 kPa. Ce traitement est considéré comme prionicide mais ne sera imposé en France que deux ans plus tard.
  • 1998 : 3179 cas déclarés chez les bovins anglais.
  • 1999 : de multiples contreverses sur la levée de l'embargo de la AE : il reste maintenu pour la France et de fait pour l'Allemagne...
  • 2000 : en Grande Bretagne : 75 cas confirmés ou fortement probable de maladie de Creutzlefd-Jakob.
    (1995 : 3, 1996 : 10, 1997 : 10, 1998 : 18, 1999 : 14, 2000 : 12 fin juin)
  • 2000 (27 juillet) (Le Monde - JY NAU) : "Un premier cas de vache folle a été diagnostique en France grâce au test rapide"
    La campagne de test a donc conduit à ne première détection d'ESB chez une vache ne présentant pas encore de symptômes.
    D'autre part, le prix Nobel Stanley PRUSINER estime que le cheptel ovin est très contaminé par l'ESB. Les conséquences risquent d'être catastrophiques si la transmission à l'homme par la viande ovine est grande.
  • 2000 (14 novembre) : la France interdit, quatre ans après la GB, l'utilisation de farines animales dans l'alimentation de tous les animaux. L'Europe fait de même en décembre au moins à titre temporaire.
  • 2001 (janvier) : les farines animales sont maintenant totalement interdites et les tests généralisés.
    Premier cas de test positif en France sur une vache abattue pour la consommation humaine et testée en l'absence de tout symptôme de la maladie.
  • 2003 (décembre) : premier cas de vache folle aux USA
  • 2003 : la transmission par le sang de l'ESB est démontrée.

    la maladie de la vache folle ou ESB

    Qu'est ce que les Encéphalites spongiformes subaiguës ?

    Ce sont des maladies animales et humaines caractérisées par une vacuolisation du neuropile ou "spongiose" du cerveau entrainant une raréfaction neuronale et une gliose réactionnelle, de type astrocytaire (gliose = anomalie des tissus de soutien des neurones). Des "plaques" argyrophiles (amyloïdes) peuvent s'y ajouter (particulièrement abondantes dans le Kuru de Nouvelle-Guinée). On les retrouve aussi dans des maladies supposées non infectieuses comme la maladie d'Alzheimer.
    On parle d'ESST dans le cas des ESS transmissibles.

     Maladies animales  Maladies humaines
     Scrapie (tremblante du mouton).  Kuru de Nouvelle-Guinée
     Encéphalite du vison du Wisconsin.  Maladie de Creutzfeldt-Jakob (CJ).
     Dépérissement chronique des cerfs du Nouveau Monde.  Syndrome de Gerstmann-Straussler-Scheinker
     Encéphalite spongiforme bovine ("vaches folles").  Insomnie familiale
       Maladie d'Alper
       Nouvelle forme britannique de la maladie de CJ (1996)

    Quelques statistiques…

  • carte des cas d'ESB en Europe (infographie du Monde 27 février 2001)

    Remarque : ces statistiques ne sont que des chiffres officiels qui enfin montrent que l'ESB a franchi la frontière allemande et espagnole ! Il va de soi que le nombre réel de cas ne peut qu'être supérieur.

    Note : les cas français d'ESB se répartissent de façon inhomogène sur le territoire : ils sont concentrés dans la région Bretagne et la région Pays de Loire (114 cas sur 126 depuis 1991 soit 90 %)

    Complément en 2006 : 2003 : 1643 cas mondiaux, 878 en 2004 et 474 en 2005.
    Le Japon déclare son 24e cas en mars 2006 et les USA leur 3e.

    Autre statistique (La Recherche 332, juin 2000)
    (la signification des valeurs très faibles n'a guère de sens : voir Danemark, Liechstenstein
    Le taux d'ESB en cas par million de bovin est discutable car prend en compte un cheptel annuel et la prévalence (cas cumulés depusi 1987) mais permet de situer l'épidémie relativement au cheptel réel)

    Pays Nombre de cas d'ESB en avril 2000 Cheptel (1999 FAO) en millions de bovins Taux d'ESB en cas par million de bovins
    Royaume uni
    178888
    11,42
    15664,4
    Portugal
    371
    1,27
    292,1
    Suisse
    346
    1,61
    214,9
    Irlande
    484
    7,09
    68,3
    Liechstenstein
    2
    0,06
    33,3
    France
    94
    20,21
    4,7
    Belgique et Luxembourg
    12
    3,18
    3,8
    Pays bas
    6
    4,18
    1,4
    Danemark
    1
    1,97
    0,5
    Allemagne
    6
    14,94
    0,4

    Prévalence (Libération octobre 2000)
    Nombre de cas d'ESB par million de bovins

    Royaume uni
    509
    Portugal
    188
    Suisse
    37
    France
    7
  • L'épidémie bovine en Grande Bretagne : évolution du nombre de cas chez les bovins :

    L'épidémie chez l'homme (nvMCJ nouvelle variante de MCJ liée à l'ESB) : (en Grande Bretagne)

    1996
    ?
    1997
    ?
    1998
    ?
    1999
    ?
    2000
    28
    2001
    20
    2002
    17
    2003
    1
       

    Il y aurait 137 cas mondiaux de morts de nvMCJ dans le Monde dont 122 en Grande Bretagne au 26 décembre 2003. Huit personnes seraient dans un état désespéré. (Le Monde du 26 décembre 2003). En 2006, 160 cas britanniques et 17 français.

    Le coût financier en GB de l'épidémie serait de l'ordre de 6 Geuros (Le Monde du 26 décembre 2003)

    Le prion

    Qu'est ce qu'un prion ?

    Le prion pathogène est une particule infectieuse de 15 à 40 nm de diamètre constituée de l'agrégation d'une sialoglycoprotéine de 30 kg.mol-1 (30 kDa), 249 acides aminés, un pont SS, deux sites de glycosylation, deux feuillets béta et trois hélices alpha. Elle est codée par un gène unique situé sur le bras court du chromosome humain 20 (2 pour la souris). Ce concept d'agent infectieux non nucléique est en contradiction apparente avec le «dogme» central de la biologie moléculaire qui suppose que l'information génétique est portée uniquement par des acides nucléiques (DNA ou RNA). S. PRUSINER a proposé le terme prion à partir de "novel proteinaceous infectious particles". L'inversion du o et du i pour des raisons phonétiques a donné prion au lieu de proin. D'autres auteurs préfèrent encore utiliser "agent transmissible non conventionnel" (ATNC) qui ne préjuge pas de la nature exacte de ces agents.

    Cette protéine est très fortement hydrophobe.

    Elle est par contre sensible à l'eau de Javel à 2 % appliquée 1 heure. (à température ambiante).

    On ne peut toutefois exclure qu'un acide nucléique soit en cause, peut être encapsulé dans la protéine anormale. En effet, la mise en évidence de certains virus est particulièrement difficile. De plus, les préparations infectieuses ne peuvent pas être parfaitement purifiées : elles contiennent toujours de nombreuses protéines et il est pratiquement impossible d'affirmer l'absence absolue d'un virus (d'un acide nucléique viral).
    Voir La Recherche n°390 d'octobre 2005

    Comment agit le prion ?

    Dans le cadre de l'hypothèse généralement admise aujourd'hui mais qui peut être remise en cause, la protéine prion pathologique est capable, après ingestion, de modifier une protéine normale de l'individu (PrPC) ou prion, protéine généralement très proche, en protéine anormale ou prion (PrPsc). L'amplification infectieuse s'expliquerait alors simplement par action des nouvelles protéines prions PrPsc sur d'autres protéines normales de l'individu.

    La protéine prion normale est en effet une protéine chaperon, c'est à dire une des protéines capables de donner à une chaine polypeptidique qui vient d'être traduite une conformation secondaire et tertiaire. Elle agit sur elle-même pour donner de nombreux conformères différents dont l'un est le prion pathologique capable, entre autres, de transformer les hélices alpha en feuillets plissés béta de la protéine prion normale. Sous cette forme, les protéines prion pathologiques s'agrègent plus facilement et conduisent à la formation dans les neurones de fibrilles responsables des lésions dégénératives observées. Il n'y a pas de réaction immunitaire ou une réaction limitée, la protéine prion pathologique n'étant probalement pas reconnue comme non-soi et le cerveau peu accessible au système immunitaire.
    Il n'y a pas à proprement parler de multiplication de l'agent «infectieux» puisque la multiplication procèderait par modification de protéines préformées et non synthèse. Il n'y aurait donc pas lieu de parler d'infection. Il semble que d'autres protéines sont nécessaires et que l'accumulation de la PrPsc implique une production supérieure à la destruction. Une vaccination contre la PrPsc pourrait permettre de réduire sa quantité et même de stopper la synthèse.

    PrP signie protéine de prion. Le vocabulaire utilisé peut prêter à confusion car on a aujourd'hui tendance à parler de prion pour la protéine normale... et de prion pathologique pour la forme mutée.
    Voir Le Monde du 22 mars 2000. (interview de Stanley Prusiner)

    Quelques aspects des maladies humaines

    Maladie de Creutzfeldt-Jakob (CJ)

    1 cas par million d'habitants
    Trois formes de la maladie :

    Elle résiste
    •  
      • à la protéinase K.
      • à la chaleur (160°C-24 h ne suffit pas en chaleur sèche; 136°C-18 min. en chaleur humide sont efficaces)
      • aux rayons UV et Gamma.
      • aux ultrasons
      • au méthanal (formol)
      • à l'urée 6 M pendant 6 heures (M = mol/L)
      • aux procédés enzymatiques détruisant les acides nucléiques
    • une forme familiale liée à des mutations de la protéine prionique normale (PrPC). 5 à 15 % des cas.
    • une forme iatrogène liée à des injections hormonales (GH hypophysaire), des greffes (cornée, dure-mère) ou des gestes neurochirurgicaux effectués avec des instruments mal stérilisés (tympanoplastie, poses d'électrodes de stéréotaxie)
    • une forme dite sporadique que l'on ne peut relier à aucun facteur de risque des deux formes précédentes. 85 % des cas avec un pic entre 61 et 65 ans (extrèmement rare avant 30 ans et après 80 ans).
  • Nouvelle forme britannique de la maladie de CJ (1996) la vMCJ

    • Cette forme nouvelle de la maladie, variante de la MCJ ou vMCJ, se distingue par l'âge des malades (moins de 30 ans), des lésions anatomopathologiques différentes (beaucoup de plaques comme dans le Kuru), une grande quantité de PrPSC révélée par des Ac anti PrPSC. Notons toutefois que le premier cas de MCJ a été diagnostiqué chez un jeune.
    • Fin 1999, le nombre de cas reconnus est de 51 (48 en Grande Bretagne, 1 en Irlande, 2 en France) sans que l'on puisse savoir s'il s'agit du début d'une épidémie importante ou de simples cas sporadiques. L'exposition a semble-t-il été importante en Grande Bretagne piusque l'on estime à 200 000 sur 1 000 000, le nombre de bovins abbatus sur le nombre de bovins atteints, les 800 000 non éliminés ayant été introduits dans la chaine alimentaire.
      En 2007, on compte 165 victimes en Grande Bretagne depuis 1996. En France, 22 cas ont été recensés avec 20 morts. Sept cas recensés en 2006 et 1 en 2007.
    • Une démonstration de la transmission du bovin malade à l'homme a été faite (travaux de Prusiner et son équipe et de Robert Will) de la façon suivante : une lignée de souris transgénique a été créée en remplaçant le gène de la PrP normale par le gène équivalent du bovin. L'injection de matériel infectieux provenant soit de bovin malade soit d'hommes atteints de la vMCJ, déclenchent la maladie 250 jours après, tant dans les symptômes que les lésions caractéristiques au niveau des tissus nerveux. (Le Monde 22 décembre 1999) La transmission a probablement été réalisée par inoculation intracranienne et non alimentaire ce qui limite sa portée (note personnelle du 25/2/2002)

      Note (Le Monde du 4 novembre 2000) :

      Chez l'homme, la situation est complexe car le nombre de cas recencés est difficile à établir bien que la déclaration en soit obligatoire depuis le décret du 19 décembre 1996. Le nombre de cas suspects déclarés, détectés par l'examen clinique, est :

      •  
        • 1992 : 104 (dont 39 cas dits sporadiques (dont on ne connait pas l'origine))
        • 1995 : 196
        • 1997 : 347
        • 1998 : 459
        • 1999 : 594 (dont 85 cas dits sporadiques)
        • 2000 : 490 (1° semestre)

      La démonstration de l'origine de l'ESB nécessite une l'autopsie avec prélèvement de fragment de cerveau permettant la mise en évidence de lésions spécifiques à l'ESB. On ne peut obliger en France, la famille à l'autoriser ce qui limite le nombre de cas où la recherche est effectuée. De plus, l'intérêt croissant pour cette pathologie peut biaiser les statistiques par une meilleure découverte des cas familiaux ou sporadiques non liés à l'ESB.
      En France, deux cas de nMCJ ont été prouvés jusqu'à présent chez un Lyonnais décédé en 1996 et une femme de 38 ans morte en 2000. Un cas hautement probable est diagnostiqué chez un jeune homme de 19 ans.
      Dans La Recherche mai 2003, D. DORMONT indique 140 cas de vMCJ depuis 1995 dans le monde ne concernant que des homozygotes.

      En 2006, l'INVS fournit les statistiques suivantes :

      On pourra remarquer combien l'épidémie d'ESB d'origine bovine est réduite par rapport aux autres formes et en valeur absolue.

    Sensibilités individuelles

    La protéine normale PrP présente évidemment des variations individuelles rendant les individus plus ou moins sensibles aux prions. Parmi les variants, on trouve deux types en fonction de l'acide aminé de la position 129 qui est soit VAL soit MET. Un individu peut donc être, avec ses deux chromosomes :

    •  
      • homozygote PrP val et PrP val (10 % de la population)
      • homozygote PrP met et PrP met (40 % de la population)
      • hétérozygote PrP val et PrP met (50 % de la population) (document INRS)

    Les victimes de la vMCJ sont semble-t-il toujours homozygotes met-met. Il semble donc exister une sensibilité individuelle d'origine génétique. Attention, cette sensibilité particulière n'est qu'un élément de l'infection : il existe probalement des personnes n'absorbant pas le prion avalé ou d'autres mécanismes de résistance.

    Un test de dépistage

    Des tests agréés sont apparus en 1999 ( société suisse Prionics, société ? test ENFER, Commissariat à l'énergie atomique CEA). Ces tests utilisent un enzyme détruisant les formes normales de la protéine et un anticorps spécifique réagissant avec les protéines pathologiques restantes (Le Monde 5 janvier 2000).
    Ils se révèlent positifs 30 mois après le début de l'infection et 6 mois avant l'apparition des signes cliniques. Les deux derniers sont plus sensibles que le test suisse.

    Les premières études réalisées en Suisse, pays peu touché par l'épidémie, montre que le prion est découvert dans 16 cas sur 6760 de bovins découverts morts et dans 5 cas sur 3355 pour des bovins abattus d'urgence pour différentes raisons. On le trouve même dans 3 cas sur 6840 chez un animal a priori sain amené à l'abattoir.
    Ces résultats sont évidemment quelque peu inquiétant et devrait faire l'objet de nouvelles dans les mois à venir. (Le Monde 22 oct 1999 rectifié par Le Monde du 25 janvier 2000) Mais il est clair que des animaux contaminés sont entrés dans la chaine alimentaire.

    Magnifique animation trouvée sur un site remarquable : http://perso.infonie.fr/vetolavie/bse.htm

    Note : dans la RECHERCHE n°387 (juin 2005), une méthode d'amplification des prions est exposée. Elle utilise le cerveau malade d'un animal auquel on ajoute du cerveau d'animal sain. Le prion provoque la transformation de la protéine normale, puis on répète le cycle en ajoutant du cerveau sain… après dissociation des couples prion-protéine normale.

    La transmission

    La transmission à partir des bovins

    L'épidémie d'encéphalopathie spongiforme bovine est directement reliée à des modifications du traitement de farines destinées à l'alimentation animale en Grande Bretagne. Ces farines, fabriquées avec des restes divers incluant des restes bovins et ovins, subissait, depuis 1980, un traitement thermique beaucoup moins poussé qu'auparavant. Toutefois se pose le problème du premier cas. On peut supposer que dans les années 1970, une vache a montré une susceptibilité individuelle particulière à un prion d'origine ovine contenu dans les farines, suite à une mutation par exemple. Cet animal ayant été ensuite intégré dans les farines a pu contaminer d'autres animaux. Il faut supposer alors que le prion ovin ait modifié la protéine normale de la vache en prion bovin contaminant. La mutation initiale pourrait concerner un récepteur intestinal au prion ovin. (ajout au 1/11/2000, réflexion personnelle à partir du rapport britannique paru en octobre) Il faudrait connaître les différences entre prion ovin et bovin avec quelques problèems du côté de la tremblante du mouton qui pourrait être due aussi au prion bovin...

    Le nombre de bovins effectivements malades a été de janvier 1986 à mars 1996 en Grande Bretagne de 160 000.

    La contamination des bovins semble essentiellement orale : il semble que le prion passe dans les plaques de Peyer de l'intestin, gagne la rate où il se multiplie puis poursuit jusqu'au cerveau.

    On a imaginé que l'agent de la tremblante du mouton était responsable de la contamination des bovins : la barrière d'espèce aurait été franchie. Toutefois il semble clair aujourd'hui que c'est plutôt le prion du bovin qui a contaminé les bovins. La barrière d'espèce a pourtant été franchie car le prion bovin a contaminé de nombreux herbivores et un carnivore (le chat) par l'intermédiaire des mêmes aliments que les bovins.

    La contamination est alimentaire, les différents tissus animaux n'ayant pas le même degré de contagiosité. Il semble que le transport des prions se fasse par les cellules dentritiques (LR janvier 2000). Le cheminement vers le cerveau reste un mystère : il semblerait que le prion envahisse, par les cellules dentritiques ou les macrophages, le plexus puis les nerfs périphériques et atteint le bulbe avant d'envahir l'encéphale. La durée d'incubation serait d'environ cinq années puis l'évolution vers la mort de quelques mois.

    On passe de 100 millions de DL50 par g pour les cerveaux et moelles épinières contaminés à moins de 10 DL50 par g pour les muscles squelettiques et le lait.

    Les mesures de prévention sont basées avant tout sur la non consommation des tissus les plus infectieux et sur l'abattage complet, en France, des troupeaux où un cas de contamination a été observée (le prion pourrait se conserver dans le sol). On doit pouvoir ajouter la nécessaire modification de pratiques dangereuses : il semble que dans les abattoirs anglais on tue les bovins en les assommant puis, pour éviter les ruades des animaux, en détruisant leur cerveau avec une barre de fer. Les particules cérébrales sont ainsi transportées vers l'extérieur assurant une bonne diffusion d'éventuels prions. Il n'est pas exclu que des dispositifs similaires existent en France.

    L'abattage systématique des troupeaux où un cas est détecté est très douloureux pour l'éleveur et très coûteux pour la collectivité. Comment savoir si d'autres animaux du troupeau sont concernés par l'ESB ? Les tests récents n'ont, jusqu'à présent, pas permis de trouver, dans les animaux contact d'un cas d'ESB, de vache en incubation silencieuse de la maladie. La revendication d'abattage sélectif y trouve un argument majeur contre "rassurer le consommateur"... Notons toutefois, qu'appliqué en 1989 en Grande-Bretagne, 124 000 des 180 000 cas cliniques d'ESB auraient été éliminés. (d'après le Monde sept 2000)

    Enfin, l'interdiction des farines animales dans l'alimentation des bovins a été décrétée en France par un arrêté du 24 juillet 1990, puis aux petits ruminants (arrêté du 20 décembre 1994). L'emploi de farines, fabriquées depuis 1998 selon de nouveaux procédés, reste autorisée pour les porcs et les volailles. On pourra s'étonner de la lenteur des décisions et du maintien de la consommation de ces farines animales incluant parfois des boues de stations d'épuration.
    De plus, les enquêtes récentes montrent un marché opaque des farines animales : manifestement des importations suspectes ont apporté en France des farines probablement infectées. Les cas français pourraient donc s'expliquer par des farines anglaises interdites en Grande Bretagne mais discrètement arrivées dans les farines françaises. À suivre courant 2001.

    La destruction des abats considérés comme potentiellement infectieux fait l'objet de six arrêtés entre le 12 avril 1996 et le 3 novembre 1997. Ces tissus sont : le crâne y compris les yeux, la moëlle épinière, les amygdales et peut être intestins, thymus et rate (y compris des caprins et ovins)
    (Le Monde du 15 février 2000)

    Transmission par transfusion

    On ne peut exclure aujourd'hui la possibilité de transmission du prion par transfusion sanguine dans le cas de la "nouvelle maladie de Creutzfeldt-Jacob", transmission qui n'a jamais été mise en évidence dans la maladie classique. On peut même la considérer comme probable. L'absence de test in vivo ne permet pas de prévenir. Seules les mesures d'exclusion sont possibles (antécédents de neurochirurgie, de greffe de méninges, de traitement à l'hormone de croissance extraite d'hypophyses de cadavres, voyage en Grande Bretagne ! ...). Le prion étant probablement en surface des leucocytes, des méthodes de séparation adéquates (nanofiltration par ex.) permettent de les éliminer des culots d'hématies et des plaquettes (La Recherche n°318 mars 1999).
    En 2003, des études montrent que le sang peut être un vecteur, d'une part par transmission expérimentale au macaque, d'autre part par les études sur les dons du sang en Grande Bretagne qui montrent clairement qu'un patient donneur, malade ensuite, a bien transmis au receveur la maladie. (Le Monde du 11 février 2004) En GB, on a identifié 15 donneurs malades...

    Transmission au laboratoire ou en médecine

    Dès que l'on manipule des tissus infectés ou pouvant l'être il existe un risque de transmission de maladie à prions. Les chirurgiens et tous les manipulateurs des outils utilisés sont concernés en particulier en cas de manipulations de tissus lymphoïdes, de cerveau... Il y a donc lieu de prendre des préc autions particulières : utilisation d'outils à usage unique en lien avec un filière des déchets infectieux efficace, lavage mécanique des outils à usage multiple après inactivation particulière, port de lunettes et de gants par le personnel.
    Au niveau des personnels de laboratoire, les mêmes problèmes peuvent survenir pour des prélèvements particuliers. Les risques sont tout de même très limités.

  • Expérimentations

    La transmission de la maladie aux animaux de laboratoire pose de nombreux problèmes : voie de transmission (alimentaire ou intracérébrale), durée de l'observation (au moins 350 jours c'est à dire une année), nature des animaux (les singes sont très coûteux), variabilité extrème des réactions individuelles aux prions.
    L'inoculation intracérébrale s'avère efficace chez la souris en 350 jours (1988) et l'ingestion de cervelle contaminée (masse équivalent à la moitié de celle de la souris par souris) en 1990.
    La chèvre et le mouton sont infectées par voie orale avec 0,5 g de cerveau de bovin contaminé, le vison 0,6 g. Le porc, sensible à l'inoculation intraveineuse ou intracérébrale n'est pas infecté par l'ingestion de 4 Kg de cervelle...
    (La Recherche n° 332 juin 2000)

    Recommandations de l'OMS

    Quelques unes des recommandations de l'Organisation mondiale de la Santé :

    • l'interdiction d'introduire, dans toute chaîne alimentaire, animale ou humaine, une quelconque partie d'un animal ayant montré des signes d'encéphalopathie spongiforme transmissible;
    • l'interdiction, dans tous les pays ou l'ESB existe, de manière épidémique ou sporadique, de l'utilisation de tissus susceptibles de contenir l'agent pathogène en alimentation humaine ou animale;
    • l'interdiction d'utiliser des tissus de ruminants pour nourrir des ruminants.
    • recommande l'exclusion de donneurs à risque lors du don du sang (transfusés, individus traités par l'hormone de croissance extraite d'hypophyses, individus greffés par de la dure-mère...)

    Pourquoi des farines animales... ?

    C'est un peu la question centrale... car le problème de l'épidémie de la vache folle est avant tout économique.
    Faire des vaches des carnivores (et même bovinphage !) ne pose pas de problème philosophique ou biochimique : les acides aminés sont les mêmes dans les deux cas. Le problème est donc économique. La fabrication des farines animales résulte du recyclage des déchets d'équarissage permettant leur valorisation économique en limitant le gaspillage de protéines précieuses. Ces déchets doivent, sinon, être incinérés avec un coût supplémentaire. En cas d'interdiction des farines animales, il faut trouver un produit de remplacement, les "farines" végétales, qui sont essentiellement importées, en particulier des USA ou du Brésil, et souvent fabriquées avec des OGM ! Il faut donc bien mesurer le problème du point de vue économique et ne pas oublier que la valorisation des déchets est très importante pour limiter les pollutions le pillage des ressources primaires... et qu'un animal, le porc est utilisé à ces fins dans les fermes depuis des lustres.
    La question peut évdemment être "pourquoi des suppléments aux bovins qui mangent de l'herbe ?". La réponse est chez le consommateur et reste économique... Si les consommateurs acceptaient une augmentation de prix, ou une diminution de leur consommation, il serait plus simple de revenir à une alimentation "normale" des bovins par l'herbe et permettrait probablement une amélioration de la qualité de la viande.
    On peut aussi s'interroger sérieusement sur la nécessité de manger de la viande ou autant de viande puisque le rendement protéique est faible par rapport aux protéines végétales : seule une très faible partie des protéines végétales ajoutée à l'alimentation se retrouvera dans l'assiette puisqu'elles auront été pour la plupart détruite par le bovin...

    Que faut-il faire ?

    Opinions personnelles...

    Comme dans le problème des Listeria, les mesures générales ne sont probablement pas les plus intelligentes pour ce qui concerne la viande. Dans la mesure où une traçabilité garantie par des services indépendants peut être mise en place, il semblerait logique que de la viande de boeuf élevée sans farines animales, avec de l'herbe par exemple, soit commercialisée sans problèmes et sans suspiction. Une meilleure "bouffe" serait ainsi assurée. Cette traçabilité devrait être possible pour les viandes hachées mais le risque est peut être plus grand de mélanges douteux dans ce type de produit. Toutefois, les difficultés d'application de mesures indispensables montrent que le système vétérinaire n'est pas à l'abri, soit de dysfonctionnements, soit de corruptions ou de laisser-faire. Dans ces conditions comment faire confiance dans une traçabilité à la merci d'un système dont la fiabilité n'est pas démontrée ?
    Les farines animales posent problème au niveau des bovins tant qu'elles sont fabriquées pour d'autres animaux parce que la garantie de non mélange entre farines animales et farines végétales n'est pas possible : on retrouve des traces de farines animales soit à cause du processus de fabrication soit à cause du transport. Le plus simple est donc d'interdire les farines animales ce qui est, fin 2000, le cas en Europe après bien des débats.

    Pour la surveillance de la vMCJ chez l'homme, les cas suspects doivent être démontrés : le prélèvement de cerveau doit donc être rendu obligatoire en cas de doutes. Il faut avoir une vision aussi juste que possible de l'état actuel de l'épidémie pour tenter d'en prévoir l'avenir
    Au niveau des bovins, une généralisation des tests semble la seule solution pour rendre confiance aux consommateurs, avec l'interdiction totale des farines animales. Le coût d'une telle opération est élevé (de l'ordre de 75 € par vache) mais est fin 2000 rendu obligatoire en France. Le consommateur paiera le surcoût de la viande (on remarquera qu'en toute logique, vu la baisse de la consommation, ce surcoût devrait être absorbé par la baisse du prix la viande !).
    Il va de soi que les propos faussement rassurants des gouvernants, en particulier en Grande Bretagne, ne peuvent qu'alimenter la peur collective. On nous a trop trompé. Il faut pourtant raison garder et bien voir que le risque majeur pour nous de vMCJ est mineur pour la consommation de viande d'aujourd'hui et peut être important pour celle que nous avons déjà consommé dans les quinze dernières années puisque le nombre de cas d'ESB bovine est en forte diminution en Grande Bretagne. Les statistiques des autres pays sont trompeuses car elles portent sur un nombre très limité de cas (1000 fois moins en France qu'en GB) ou n'indiquent aucun cas ce qui est très probablement faux et alimente la rumeur. L'actualité récente, avec la découverte de cas en Autriche, Allemagne, Espagne et Italie montrent clairement que l'épidémie est généralisée en Europe !

    Selon le Monde du 18 avril 2004, citant des statistiques du Ministère de l'Agriculture, 200 cas d'ESB ont été diagnostiqués depuis janvier 2001 grâce aux tests au niveau de l'abattoir, chez des bovins asymptomatiques (991 cas d'ESB symptomatiques depuis 1991). Sur la même période (semble-t-il) : 333 cas d'ESB symptomatiques, et 381 chez des bovins dont la mort était suspecte.
    Le coût du système est de 850 M€, soit 75 €/bovin et 2 M€ par bovin contaminé (il y a 3 millions de bovins abattus par an).


    Compléments