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4. Lutte contre les viroses

La lutte contre les virus et les viroses


Naturellement, l'homme résiste à de nombreux virus, même si les épidémies sont parfois très meurtrières. Si la grippe a tué 20 à 50 millions de personnes au sortir de la guerre de 1914-1918, il n'en reste pas moins de nombreux survivants. Les défenses naturelles sont donc importantes et la "vaccination" naturelle très importante dans cette lutte.

1. Comment l'individu lutte-t-il naturellement contre les viroses ?

Le système immunitaire met en jeu des moyens non spécifiques comme les interférons et des moyens spécifiques classiques.

1.1. les interférons (IFN)

Les interférons sont des glycoprotéines cellulaires capables de rendre réfractaires à l'infection des cellules saines de la même espèce. Trois types d'interférons existent, codés par des gènes du chromosome 9 :
  • interféron α ou interféron leucocytaire produit par les leucocytes et les cellules spléniques. M = 15 à 21 kg.mol-1. Produit par 18 gènes situés sur le chromosome 9
  • interféron β ou interféron fibroblastique = INf β produits par les autres cellules somatiques. Glycoprotéine de M = 20 kg.mol-1.
  • interféron γ = interféron immun - INf γ produit par les lymphocytes T lors de la réponse immunitaire.

les inducteurs de la production d'interférons

Les inducteurs de la synthèse des interférons sont :
  • Les virus vivants quand ils pénètrent dans une cellule déclenchent la synthèse de l'interféron. Un des meilleurs inducteurs est de RNA bicaténaire. Ce RNA est présent dans le cas de virus à RNA bicaténaire mais aussi lors de la replication du RNA monocaténaire (virus à RNA + ou -).
  • Certains protozoaires (Toxoplasma, certains Plasmodium) ou certaines bactéries (Brucella, Rickettsies) font de même.
  • Certaines macromolécules ont le même pouvoir (PHA ou phytohémagglutinine, LPS de certains Gram -)
L'actinomycine D (inhibiteur de la synthèse des RNA) et la cycloheximide ou actidione (inhibiteur de la synthèse protéique) empêchent la synthèse d'interféron : les inducteurs agissent probablement en déréprimant les gènes responsables de la synthèse d'interféron.

mode d'action des interférons

Les interférons :
  • Activent la synthèse de protéines antivirales cellulaires lorsqu'ils se fixent sur la membrane de la cellule infectée ou aux cellules voisines. Un récepteur spécifique est nécessaire, codé par le chromosome 21. Ces protéines antivirales empêchent la synthèse des protéines virales en bloquant la traduction de la façon suivante :
    • Dégradation des RNA : le système d'activation déclenche la synthèse d'un 2,5 oligo A (2',5' ppA(pA)n avec n=2 ou plus) qui active une RNAse L dégradant tous les RNA donc RNA viraux (constitutifs ou messagers).
    • Blocage de facteurs de traduction : le système d'activation induit la synthèse d'une protéine kinase de 67 kg.mol-1 qui phosphoryle le facteur EF2 de traduction le rendant inactif.
  • Augmentent la quantité de molécules membranaires de CMH de classe I facilitant la présentation des peptides antigéniques viraux.
  • Diminuent la vitesse de croissance des cellules (normales et tumorales) d'où une utilisation dans la lutte contre les cancers.
  • Activent, pour α et β, comme interleukines, la réponse immunitaire c'est à dire :
    • augmentent l'activité cytotoxique des Tc, cellules NK
    • augmentent l'activité phagocytaire des macrophages (le MAF pourrait être l'interféron g)
  • Pourraient déclencher l'apoptose cellulaire donc la mort de la cellule avant qu'elle ne s'engage à la multiplication virale.
    L'apoptose est un processus complexe et régulé. Les facteurs déclenchants provoquent le détachement du support, la disparition de l'enveloppe nucléaire, le clivage de la chromatine, la fragmentation de la cellule, tout cela sans trous dans la membrane ce qui évite la réaction inflammatoire. Un marquage cellulaire au niveau des phospholipides conduit les macrophages à éliminer la cellules mourante ou ses fragments. (voir Opéron n°10)
L'utilisation thérapeutique de l'interféron se heurte à plusieurs écueils :
  • La production de l'interféron (par génie biologique) réalisée, mais coûteuse.
  • Les effets secondaires qui empêchent une réelle utilisation antivirale et anticancéreuse.
  • Son action importante surtout en début d'infection ce qui suppose une utilisation très précoce.

1.2. les cellules de la réponse non spécifique

Ce sont les cellules NK (Natural Killers) qui peuvent éliminer les cellules infectées. Le mécanisme pouvant mettre en jeu ces cellules n'est pas clair, ni d'ailleurs le degré de non spécifique.

1.3. immunité spécifique

Les virus sont évidemment des structures antigéniques qui vont déclencher une réaction immunitaire :
  • Soit extracellulaire lorsque le virus est libre donc contre le virus lui-même
  • Soit intracellulaire lorsque le virus est dans la cellule, en raison de l'expression de protéines virales sur la membrane plasmique de la cellule hôte.
Les virus seront donc éliminés par :
  • des immunoglobulines spécifiques qui agissent sur les virus libres donc limitent l'infection de nouvelles cellules avec l'aide du complément, elles peuvent lyser les virus enveloppés.
  • des lymphocytes T CD8, tueurs des cellules infectées lorsqu'elles présentent les antigènes viraux à leur surface associés au CMH 1. Ce mode est un mode très important de lutte contre les infections. On remarquera qu'il est parfois mis en cause dans les mécanismes immunopathologiques en particulier les hépatites, quand les lymphocytes tuent sans discernement cellules infectées et saines.

1.4. remarque

La lutte contre les virus peut utiliser des petits RNA (si virus à RNA) complémentaires du virus et fabriqués par la cellule. L'appariement entre le RNA cellulaire et le RNA viral conduit, par l'action d'un enzyme cellulaire, à la destruction de ces RNA.

2. quelles thérapeutiques contre les viroses ?

2.1. Chimiothérapie des viroses

Le métabolisme de la cellule eucaryote ne doit pas être trop atteint par le traitement alors que justement certains enzymes de la cellule infectée sont utilisées par le virus. L'arsenal chimique contre les virus est toutefois de moins en moins réduit et l'industrie pharmaceutique produit de plus en plus de molécules antivirales en cherchant les cibles spécifiques. Certaines d'entre-elles sont parfois très médiatisées, comme :
  • l'acyclovir, nucléotide synthétique, contre l'herpès, utilisé en pommade,
  • l'AZT contre la transcriptase réverse du HIV,
  • des antiprotéases qui empêchent la production des protéines virales du HIV à partir du précurseur.
  • des interférons (α) utilisés dans l'herpès (kératite herpétique, hépatite B et C, condylomes à papillomavirus).
Consulter le site : www.pharmacorama.com/index.php

2.2. Immunothérapie

A. injection d'Ac (sérothérapie)

Comme pour de nombreuses maladies infectieuses on utilise les anticorps produits par d'autres individus pour lutter contre les viroses.

B. vaccination

La vaccination représente certainement le moyen thérapeutique majeur utilisé préventivement en général ou parfois curatif (rage).

On utilise :

  • des virus vivants avirulents (mutants ou proches) très souvent car ils sont de bons immunogènes (Vaccine (pour Variole), Rougeole, Rubéole, Oreillons, Fièvre jaune...)
  • des virus tués (Polio, Grippe...) (tués ou inactivés)
  • des fractions virales (hépatite B) obtenues par génie génétique le plus souvent.
  • des virus vivants recombinés (recombinant du virus de la vaccine pour la rage destiné aux renards)

On remarquera que la vaccination date de 1798 quand Jenner vaccine contre la variole (à l'aide du virus de la vaccine ou cow-pox) et de 1884 quand Pasteur vaccine contre la rage
 

Remarque : le risque transfusionnel (Le Monde du 8 novembre 1997) d'après le Comité d'éthique de la Transfusion

type de risque valeur du risque
incompatibilité ABO
1 / 53 000
anticorps irréguliers
1 / 47 000
HIV (sida)
1 / 700 000
HBV (hépatite B)
1 / 120 000
HBC (hépatite C)
1 / 150 000
HTLV
1 / 3 000 000

On remarquera que le risque viral, dans la transfusion, est mineur par rapport au risque, moins souvent évoqué, d'erreur humaine portant sur les incompatibilités immunologiques.

2.3. Prophylaxie

La prophylaxie est très difficile pour de nombreuses viroses qui sont pratiquement pandémiques (rougeole, varicelle?). On peut toutefois :
  • lutter contre le péril fécal (polio, hépatite A,?),
  • lutter contre le péril sexuel (HBV, HIV?),
  • arrêter les zoonoses transmissibles par l'abattage des animaux malades (fièvre aphteuse, rage?),
  • lutter contre les vecteurs (fièvre jaune, chikungunya, dengue?)
On peut espérer limiter la transmission de virus respiratoires par le port de masque… mais cela reste bien illusoire.