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Mycoses


Les mycoses sont, en particulier sous nos latitudes, des maladies rares en particulier parce que le nombre de pathogènes est d'environ 100 sur un nombre estimé de 100 000 espèces. (On peut estimer que les populations animales existantes sont les descendants sélectionnés des résistants aux champignons...)

De plus, la plupart des champignons sont avant tout des opportunistes. Les immunodéprimés vont bien sûr payer un lourd tribu aux mycoses. Le diabète est une cause favorisante probablement parce que l'hyperglycémie facilite la croissance des champignons.

Les dermatophytes peuvent être considérés comme pathogènes stricts : leur rencontre provoque, en général, la mycose.


1. Quels sont les champignons pathogènes ?


2.1 Les différents types

Les champignons pathogènes sont très généralement sous forme de reproduction asexuée, donc deutéromycètes pour les champignons supérieurs. Rares sont les champignons inférieurs pathogènes.

On les distingue, du fait de l'examen direct, en :

Champignons filamenteux
(moisissures)
  • Dermatophytes (genres Trichophyton, Microsporum, Epidermophyton)
  • Aspergillus (pneumonies)
Levures (unicellulaires et pseudomycélium)
  • Candida et surtout Candida albicans commensal habituel de l'homme (y compris Candida stellatoides et Torulopsis ainsi que dubliniensis quasiment non distingable d'albicans)
  • Cryptococcus (méningites)
  • Rhodotorula
  • Trichosporon
  • Malassezia furfur levure lipophile commensale de la peau
Champignons dimorphiques (levures dans le produit pathologique + filaments en culture)
  • Histoplasma, Blastomyces (pneumonies particulières très rares en Europe)

Les mycoses peuvent être distinguées selon leur localisation anatomique en mycoses superficielles et mycoses profondes.


2.2 Statistiques (France)

Levures

Les levures pathogènes appartiennent essentiellement au genre Candida. Les infections à levures sont souvent appelées candidoses.

Candidoses superficielles (peau, bouche, vagin {à vérifier})

 

Candidoses profondes

 

 

On constatera l'importance fondamentale de Candida albicans en pathologie. Ce champignon (cette levure) est un commensal systématique de l'homme (et de la femme) : on peut donc estimer qu'il s'agit d'un opportuniste qui profite d'une défaillance du terrain. Il n'est pas forcément exclu qu'une transmission d'un commensal vers un autre hôte soit à l'origine d'une infection.

Note : On dit Candida albicans, mais il faut entendre Candida albicans/dubliniensis, cette dernière espèce, rencontrée beaucoup plus fréquemment chez les sidéens, ne pouvant être distinguée que par un test immunologique (Fumouze).

Dermatophytes

Il s'agit de mycoses superficielles uniquement, souvent TRÈS CONTAGIEUSES.

enquête du GEMO 1993 nombre
Trichophyton rubrum
4088
Trichophyton mentagrophytes var. interdigitale
987
Microsporum canis
384
Trichophyton mentagrophytes
217
Trichophyton soudanense
113
Epidermophyton floccosum
89
divers
229
   
Microsporum langeronii
78
Trichophyton violaceum
56
Trichophyton verrucosum
32
Microsporum persicolor
22
Microsporum gypseum
21
Microsporum audouinii
8
Trichophyton erinacei
4
Microsporum praecox
3
Trichophyton tonsurans
3
Trichophyton schoenleinii
2

On constatera l'importance de Trichophyton rubrum principal dermatophyte isolé.

Pour les dermatophytes, l'origine ou l'affinité du champignon peut être précisée :

dermatophytes anthropophiles (dermatophytes humains)
  • Microsporum audouini (teigne microsporique)
  • Microsporum langeronii
  • Microsporum ferruginum
  • Trichophyton schoenleinii (favus)
  • Trichophyton tonsurans (teigne trichophytique)
  • Trichophyton rubrum
  • Trichophyton violaceum
  • Trichophyton interdigitale
  • Trichophyton soudanense
  • Epidermophyton floccosum
dermatophytes zoophiles (dermatophytes animaux )
  • Microsporum canis (chat, chien)
  • Microsporum persicolor
  • Trichophyton mentagrophytes (souris, cheval)
  • Trichophyton erinacei
  • Trichophyton ochraceum ou verrucosum
  • Trichophyton faviforme (bétail)
dermatophytes géophiles (dermatophytes venant de la terre)
  • Microsporum gypseum
  • Trichophyton mentagrophytes

2. Les différentes mycoses

2.1 les mycoses superficielles (mycoses de la peau et des phanères)

Les mycoses superficielles concernent la PEAU et les PHANÈRES (POILS-CHEVEUX et ONGLES - et plumes des oiseaux).

Les champignons concernés attaquent la kératine. Ils ne cultivent, pour les filamenteux, qu’à des températures inférieures à 37°C.

la peau (glabre)

Ce sont des ÉPIDERMOPHYTIES.Le champignon pénètre, grâce à une petite lésion préexistante dans la couche cornée de l’épiderme et s’y multiplie de façon concentrique en formant des vésicules qui se dessèchent donnant des squames. En s’étendant de façon centrifuge, le champignon disparaît du centre.

  • Dermatophytie ou Herpès circiné (érythème-désquamation) dû à Trichophyton-Microsporum-Epidermophyton sous forme d'une tache annulaire à bord rouge prurigineuse,
  • Dermatophytie des grands plis ou Eczéma marginé de Hébra (érythème-desquamation) à l'aine, au pli interfessier ou aux aisselles dû à Epidermophyton ou Trichophyton rubrum formant des demi-cercles
  • l'intertrigo des petits plis interdigito-palmaires ou plantaires (Mycose interdigitale) de la main ou du pied dû à Trichophyton, Epidermophyton mais aussi Candida albicans. C'est le pied d'athlète au niveau du pied !
  • le périonyxis souvent dû à Candida
  • Pityriasis versicolor dû à Malassezia furfur (appelé aussi Pityrosporum ovale ou furfur), levure lipophile hôte normal de le peau pouvant devenir pathogène chez certains individus sensibles.

les poils et les cheveux : les TEIGNES

Elles concernent les cheveux (avec souvent une alopécie), les poils de la barbe, des poils de la peau. Les poils pubiens et axillaires ne sont jamais atteints.Le champignon, infectant la peau, pénètre à partir de la base du poil. Il peut ensuite envahir le reste du poil vers le haut, ou/et s'intéresser au follicule pileux, vers le collet du bulbe pilaire là où il n’y a plus de kératine.
Une réaction inflammatoire peut se développer.
Le tableau suivant rassemble les différents aspects du poil parasité :

Groupe Type Aspect Champignons
ECTO-ENDOTHRIX

à petites spores

Microsporique filaments intrapilaires septés manchon de petites spores NON DISSOCIABLE par la POTASSE (KOH) commun à tous les Microsporum
ECTO-ENDOTHRIX

à petites spores

Microïde:
  • filaments intrapilaires septés
  • manchon de petites spores DISSOCIABLE par la POTASSE (KOH)
Trichophyton mentagrophytes
ECTO-ENDOTHRIX

à grosses spores

Mégasporique :
  • filaments intrapilaires septés
  • manchon de grosses spores
Trichophyton ochraceum

ENDOTHRIX CLASSIQUE

ENDOTHRIX CLASSIQUE
  • pas de spore péripilaire
  • filaments intrapilaires qui se fragmentent en arthrospores.
Trichophyton
  • tonsurans
  • violaceum
  • rubrum
  • rosaceum
ENDOTHRIX FAVIQUE ENDOTHRIX FAVIQUE
  • pas de spore péripilaire
  • filaments intrapilaires avec par endroits, des "tarses faviques" (accumulation d'articles courts)
Trichophyton schoenleinii

 

(d'après aide mémoire de parasitologie (P. BOURÉE) chez Flammarion)

Elles sont :

  • tondantes (cheveux cassés très courts, aspect sec) donnant de nombreuses squames et des plaques d'alopécie plus ou moins importantes. Elles concernent surtout l’enfant.
    • type microsporiqueMicrosporum) : une grande plaque d'alopécie, fluorescence verte sous UV, gaine ectothrix (le cheveu est entouré de microspores) (Microsporum audouinii, langeroni, canis)
    • type trichophytique : (à Trichophyton) nombreuses petites plaques d'alopécie, pas de fluorescence sous UV, sporulation dans le cheveu (aspect endothrix) (Trichophyton tonsurans, violaceum, soudanense)
  • faviques avec attaque de la base du poil (follicule pileux) conduisant à de grandes plaques d'alopécie définitive et des croûtes friables jaunâtres sur le cuir chevelu. (Trichophyton schoenleinii). fluorescence vert-jaunâtre sous UV
  • inflammatoires (ou kérions) avec suppuration, pus et croûtes. (Trichophyton mentagrophytes, verrucosum…) atteignant particulièrement barbe, moustache et sourcils. (kérion de Celse, sycosis de la barbe…); Candida peut être en cause dans l'atteinte du follicule en particulier chez les héroïnomanes.

    ONYXIS (Onychomycoses)

    L'onyxis est une attaque de l'ongle qui peut être accompagnée d'un périonyxis, attaque de la peau voisine (Candida albicans). Les Trichophyton (rubrum, interdigitale) peuvent provoquer un oxyxis sans périonyxis.

    Le champignon pénètre, à la faveur de microtraumatismes antérieurs, de la partie distale de l’ongle vers la base.

    Bilan des mycoses superficielles : Champignons responsables

    Peau Ongles Cheveux / Poils
    Herpès circiné:
    • Microsporum canis
    • Trichophyton mentagrophytes
    • Trichophyton rubrum
    • Microsporum gypseum

      Eczéma marginé de Hébra

      • Trichophyton rubrum
      • Epidermophyton floccosum

        Intertrigo

        • Trichophyton mentagrophytesTrichophyton rubrum
        • Epidermophyton floccosum
    • Trichophyton rubrum
    • Trichophyton interdigitale
    • Trichophyton violaceum
    • Epidermophyton floccosum
    • Scopulariopsis
    • Candida albicans (mains)
    • Microsporum audouini
    • Microsporum canis
    • Trichophyton tonsurans
    • Trichophyton schoenleinii
    • Trichophyton violaceum
    • Trichophyton mentagrophytes (kérion)

    (RFL)

    Résumé en image :

     


    1.3 les mycoses profondes (ni cutanées, ni des phanères)

    Toutes sortes d'infections profondes sont possibles : urinaires, vaginales, méningites, pneumonies… Elles sont souvent analysées avec les prélèvements correspondants et leur "bactériologie". Les mycoses profondes sont redoutables car elles surviennent sur un terrain débilité : leur découverte se fait souvent post mortem.

    avec Candida et tout particulièrement Candida albicans : atteinte des muqueuses avec

    • le muguet pour Candida albicans seulement (buccal, bronchique, oesophagien, vaginal). Le muguet est constitué de fausses membranes superficielles contenant les débris cellulaires les leucocytes et les Candida
    • glossite (langue) langue noire pour Candida, stomatite (muqueuse buccale), Candida albicans, tropicalis, kefir
    • des atteintes viscérales profondes : dans la plupart des organes (rein, sang, coeur (endocardites), péritoine, poumon, appareil digestif, os-articulations, LCR, yeux …)

    avec Cryptococcus neoformans (Cryptococcoses)

    Le principal réservoir de ces levures capsulées est la fiente de pigeon. Elle est extrêmement répandue. Elle n'atteint pratiquement que des individus immunodéprimés et tout particulièrement les sidéens. Le point de départ est pulmonaire et la maladie peut atteindre de nombreux organes en particulier le cerveau. Leur découverte impose une recherche de séropositivité HIV si elle n'est pas connue. Des atteintes cutanées sont aussi possibles.

    avec Aspergillus

    Il est responsable de dangereuses mais rarissimes pneumonies chez les immunodéprimés, la contamination étant aérienne. Les espèces en causes sont en général fumigatus ou niger. On peut probablement les rencontrer aussi chez des paysans entrant dans des silos de grains contaminés massivement par Aspergillus.
    On estime à 1 à 20 UFC par mètre cube d'air la concentration aérienne en spores d'Aspergillus. Cette concentration est multipliée considérablement en cas de travaux dans des bâtiments contaminés.
    Sous les flux laminaires hospitaliers, on tolère jusqu'à 2 UFC par mètre cube et l'on se méfie des travaux réalisés dans le secteur.
    Le pouvoir pathogène des Aspergillus dépend essentiellement de la réceptivité de l'hôte. Il ne semble pas exister de souches très pathogènes.

    avec Histoplasma ou Blastomyces dermatitidi

    Sont responsables, dans les pays tropicaux, de pneumonies particulières et redoutables.
    L'histoplasmose est endémique dans les zones tropicales et atteint de préférence les immunodéprimés (en particulier avec la tuberculose et le sida). Elle est asymtomatique dans 90 % des cas. (voir option bio n°271)


    4. Traitement des mycoses

    Les champignons étant des eucaryotes, le traitement est délicat, plus délicat que celui des bactérioses puisque les produits utilisés peuvent être actifs sur le métabolisme de la cellule.
    Les médicaments (antibiotiques antifongiques) disponibles sont donc en nombre réduit, même si de nouveaux produits apparaissent. Une difficulté s'ajoute avec la nécessité de disposer de produits peu toxiques pour des malades, soignés avec de nombreuses thérapeutiques, en situation très délicate.

    Classification

    Les antifongiques peuvent être classés en :

    inhibiteurs de la synthèse de l'ergostérol nécessaire à la membrane fongique

    • polyènes
    • l'Amphotéricine B (Fungizone®) : polyène heptaénique actif sur le métabolisme de tous les champignons
    • la Mycostatine (Nystatine ®) : polyène tétraénique actif sur le métabolisme des levures
    • pyridone : la Ciclopiroxolamine : "agirait par inhibition de la capture et de l'incorporation des différents substrats nécessaires au métabolisme cellulaire". (http://www.biam2.org/www/Sub635.html)
    • dérivés imidazolés (ou azolés) bloquant la synthèse de l'ergostérol des dermatophytes et des levures
    • allylamines (terbinafine)

    inhibiteurs ou pertubateurs de la synthèse des acides nucléiques

    • la Fluoro 5 Cytosine (Ancotil ®) active par compétition métabolique sur les levures et certains filamenteux.

    inhibiteurs de la synthèse du glucane pariétal

    • nouveaux antibiotiques (caspofongine, micafungine). Ils agissent par inhibition de la synthèse du béta-1-3-D-glucane pariétal.

    modifiant la sensibilité des cellules de l'hôte (kératinocytes)

    la Griséofulvine (Grisefulvine ®) active que sur la perméabilité cellulaire des dermatophytes (donnée ancienne) ou qui, en pénétrant dans les kératinocytes, les rend résistants à l'action des dermatophytes (et seulement eux).

    à mode d'action inconnu :

    • sélénium dans le cas du Pytiriasis (remplacé aujourd'hui par des dérivés azolés)

    Ces molécules seront retrouvées dans les milieux de culture où l'inhibition des champignons est recherchée comme dans le prélèvement vaginal (voir gélose chocolat enrichie au VCAT, où A = amphotéricine ou Fungizone ou au VCN avec N=Nystatine).

    Autre mode de classement :

    • antifongiques systémiques : Kétoconazole, Griséofulvine, Terbinafine (Lamisil®)
    • antifongiques à usage cutané : amphotéricine B, Ciclopiroxolamine, dérivés imidazolés

    Dans le cas des teignes, on associe un traitement général (systémique) et un traitement local à base de tolnaftate (Sporiline®) ou de dérivés azolés, de cyclopiroxolamine… Le traitement de la source est indispensable.

    POUR EN SAVOIR PLUS SUR LES TRAITEMENTS :

    Tous les antifongiques (et antiparasitaires) : http://arachosia.univ-lille2.fr/labos/parasito/Internat/medicam/index.html
    Serveur BIAM